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par Anouk Dunant Gonzenbach

Fin de printemps 2018. Le conseiller fédéral dernier élu en date voit comme un avantage les exportations d’armes vers les pays en guerre civile. Jusqu’à aujourd’hui, la majorité de notre gouvernement faisait bloc. Et là, ça se renverse.

Résultat : exporter du matériel de guerre dans des pays en conflit civil devient possible. Mais comme en Suisse on prend ses précautions, on soigne les apparences, on place un nain de jardin sur le bout d’herbe qui dépasse, un bateau blanc sur un lac bleu, on passe à la broyeuse les archives compromettantes, on va s’assurer qu’il n’y aura qu’un faible risque que le matériel vendu soit utilisé dans l’objectif pour lequel il a été fabriqué.

Le monde prend l’eau de toutes parts, les enfants mexicains sont enlevés à leur parents à la frontière étasunienne, les état se battent pour ne pas accueillir les bateaux Aquarius, les hauts commissaires aux droits de l’homme ne tiennent pas le coup plus d’un mandat, les Rohingyas sont toujours massacrés, et la Suisse étend la vente des armes.

En toute hypocrisie diplomatique. Une auréole au-dessus du Palais fédéral. Une franche poignée de main virile qui tue.

Cette fois, on ne pourra pas dire, cinquante ans plus tard, qu’on ne savait pas.

Qu’on accueille des réfugiés qui racontent leurs souffrances, venus de conflits négligés par la presse dans l’indifférence générale, qu’on ne croit pas lorsqu’ils affirment être en danger, et qu’on vend des vieux chars qui par divers détours approvisionneront ces mêmes conflits et contribueront à créer plus de morts et de réfugiés, une boucle pas stoppée, aucun intérêt de l’arrêter tant que ça enrichit, alors c’est bien mieux de prolonger les conflits. Lire le livre de Martin Sutter, le Cuisinier. Auréole de lingots d’or au dessus du Palais fédéral.

Cinquante ans plus tard, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Qu’on ne savait pas que des enfants allaient se tirer dessus, otages de deux armées adverses, des enfants qui n’auront jamais 12 ans.

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas que, que, … Commencer une liste à la Prévert ? Non.

Le monde prend l’eau de toutes parts, et dans ce pays, dans mon pays, en quelques lignes, on va encore plus y contribuer. Entre huit bouteilles de champagne dans un hôtel de luxe de Saint-Moritz, la messe est souvent dite, entre capitaines et leurs états-majors économiques, on aide à s’entre-tuer.

La Suisse vend des armes. Règne de l’économie, hypocrisie. Tradition humanitaire. Sur la croix blanche sur fond rouge, sur la croix rouge sur fond blanc, des enfants soldats morts. La Suisse continue à vendre des armes, mais désormais en mieux. Continuons à regarder le mondial de foot.

Salutations Monsieur Cassis.

Petit texte sans lien direct avec les archives, sujet de ce blog, quoique… on aura besoin d’archives, plus tard, pour faire l’histoire de tout cela. Mais là, on est bien dans le présent, malgré l’éclairage d’hier, pour quel demain.