Le présent d'hier et de demain

Réflexions sur les archives et surtout l'archivistique à l'ère du numérique (et parfois même un peu de poésie) – Anouk Dunant Gonzenbach

Un mois de juin ordinaire, au nom de la femme?

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Petit coup de coeur pas vraiment archivistique mais d’actualité, écrit fin juin il y a quelques années:

Chaque année le mois de juin c’est la fin du monde, sauf qu’on s’en tire un peu mieux qu’au mois de décembre (la fin du monde aussi), parce qu’il n’y a pas de fête de Noël à la fin.

C’est la fin du monde pour toute mère d’un enfant ou plus dans une ville comme celle de Genève, on va dire deux enfants, surtout s’ils sont scolarisés, suivent des cours de musique ou de danse ou de sport ou les trois.

Ça commence par des circulaires blanches toutes innocentes, mais truffées de dates, de coupon-réponses et de pic-nic en devenir. Telles les papillons, on les aimante sur le frigo. Sans crier gare, il n’y a plus de place, il faut commencer à les surperposer, par dates d’événement pour les plus oranisées.

A cela s’ajoutent les mails annonçant les matches et les auditions de piano, fourbement dématérialisés donc inépinglables sur le frigo. Donc informations censées être lues puis rester dans un coin de la tête. Ruse supplémentaire, les sms qui modifient les informations reçues pas mail. On commence à flipper.

Religieusement on anticipe à peu près les deux pic-nics à confectionner chaque jour, les shorts de sport propres pour les journées sportives, les grand-parents à prévenir pour les auditions (en fait non, ça je l’ai oublié), les dates et heure de répétition pour le spectacle de l’école. Mais pour le repas canadien de la fête de cette même école suivant le spectacle, on craque. Après une journée de travail dans les pattes, travail qui n’échappe pas à la folie furieuse de juin puisqu’après c’est deux mois semi-morts, on achète deux pots de humus à la Coop qu’on transfère dans un Tupperware comme cela ça aura l’air fait maison, pas de doute on est superwoman jusqu’au bout. Et bien sûr tout cela sans s’énerver sur la progéniture épuisée elle aussi surtout après les évaluations cantonales.

Quand tout cela est surmonté, avec le bonus spécial de l’enfant né en juillet pour lequel il faut organiser un anniversaire en juin avec les copains, ne reste plus qu’à finaliser les dernières lessives pour préparer les sacs de camp. Et voilà, ils sont partis, on peut s’écrouler.

Moi, je m’offre une semaine bonus en paquet surprise, une semaine toute seule. A la base je voulais partir pour écrire, en fait je vais dormir et lire. Dans le train du trajet aller, je suis tellement cuite qu’il me faut le trajet Lausanne-Vevey pour me rappeler le nom d’un groupe de musique que j’avais sur le bout de la langue. A la place, voilà ce qui est sorti :

Poésie d’une mère de famille qui a survécu au mois de juin

J’ai jeté le journal dans la poubelle
Du train
Sans le lire
Acte de rébellion
Contre la pression
Des mille actes quotidiens.
De l’autre côté de la fenêtre
Une barque avec deux pêcheurs
Trois bouées jaunes
Deux mouettes et un château.
Je lève vers eux mon gobelet de café :
« A tous les journaux non lus ».