par Anouk Dunant Gonzenbach
Un décès, une succession, une malle retrouvée dans un grenier, des tas de papiers qu’elle n’ose pas jeter, mais il faut libérer, liquider, vendre la maison. Alors elle contacte les archives cantonales.
Alors on arrive, on soulève la poussière, le couvercle, on dit que oui, les documents documentent l’histoire de la famille, du bâti, parfois du domaine. On explique comment se passe le don, le transfert, le classement à venir, les règles de communication au futur public. On prend le temps de capter tout ce qu’on peut d’un récit oral. On reçoit l’émotion, parfois les larmes, on sait que ça va prendre du temps et on le dit, c’est normal, on reste à disposition, n’hésitez pas à nous recontacter, merci d’avoir pensé à sauver ces archives, on écoute et on se sent privilégiés de recevoir tous ces mots. Ce n’est jamais facile pour celui ou celle qui nous appelle, d’aborder ce qu’il y avait avant, surtout après une mort.
Et puis on aperçoit un meuble de bureau, toutes antennes dehors, on demande ce que c’est, il y a des tiroirs qui ont l’air rempli, on se renseigne, il y a quoi dans ces tiroirs ? « – Ah non, rien d’intéressant dans ce tiroir, que des lettres. » (La réponse est classique, honnête, spontanée, tant de fois entendue).
Nos antennes crépitent. De la correspondance parvenue du passé, des mots sortis de soi et non qui alimentent des registres de comptes, des angles morts éclairés. Là, sur du papier, conservés. Ce que l’avenir n’aura plus des nôtres, d’échanges, voués à disparaitre dans l’obsolescence numérique des courriels et réseaux sociaux.
Bien sûr que c’est intéressant les lettres, la correspondance, ce qui est au fond du tiroir, ce qui était au fond de quelqu’un, puisque ce qui est dans les archives, en premier, c’est notre histoire.
9 juin 2026 (journée annuelle des archives)
