Le présent d'hier et de demain

Réflexions sur les archives et surtout l'archivistique à l'ère du numérique

Archivistes, battons-nous pour conserver les dossiers personnels!

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

A l’heure de la tendance à vouloir détruire les données personnelles au nom de la protection de la vie privée, voici une petite réflexion sur le sujet.

Actuellement, la Suisse présente ses excuses officielles aux personnes qui ont été, enfants, enlevées à leur famille et placées de force dans des institutions ou des familles d’accueil entre la fin du 19e siècle et 1980. Ce placement se désigne aujourd’hui par le terme d’“enfances volées” . Ces enfants ont vécu de foyers en familles d’accueil dans des conditions le plus souvent terribles et leur enfance leur a été volée. Une exposition itinérante retrace cette histoire

Dans le cadre de cette exposition a eu lieu à Genève une table ronde sur intitulée “Sur les traces de son enfance”, axée sur l’importance de l’accès à son histoire et soulevant les questions suivantes: quelles mémoires interroger? Pourquoi se souvenir de son passé? Cet événement a réuni Jean-Louis Claude, un ancien enfant placé, Dr Dora Knauer, médecin-adjoint au service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des hôpitaux universitaires de Genève, Olivier Baud, secrétaire général de la fondation officielle de la jeunesse, Chantal Renevey Fry, archiviste du département de l’instruction publique, de la culture et du sport et Gérard Bagnoud, archiviste du pouvoir judiciaire.

Jean-Louis Claude a témoigné de sa longue quête pour reconstruire, à travers les documents d’archives, les parties de son enfance qui lui manquaient. Les archivistes ont présenté les sources disponibles et le rôle de l’archiviste. Un des points capital à retenir pour nous est l’importance de l’accueil réservé aux personnes qui viennent consulter leurs propres dossiers aux archives après un  parcours écorché. Soyons humains et pas fonctionnaires obtus, professionnels, et surtout entourons-nous d’un professionnel (assistant social par exemple) qui recevra la personne dans une salle ad hoc pour ne pas qu’elle soit confrontée à des événements douloureux au milieu d’une salle de lecture publique.

Mais surtout, je voulais ici mettre en avant le point de vue du Dr Knauer, qui affirme que l’accès à ses dossiers est essentiel pour une personne qui veut reconstruire les parties manquantes de sa vie, notamment de son enfance. Ce processus de reconstruction, indispensable, doit être rendu possible. Les dossiers personnels doivent donc absolument être conservés.

Il faut vraiment faire comprendre à ceux qui mettent la protection des données en première priorité que le versement de documents dans les institutions d’archives protège ces documents d’une consultation inadéquate puisque leur accès est régi par des délais légaux. Une fois versés aux archives, ces données sont protégées mais conservées. Conservons donc les dossiers personnels, pour que les personnes concernées aient la possibilité d’y avoir accès!