Le présent d'hier et de demain

Réflexions sur les archives et surtout l'archivistique à l'ère du numérique (et parfois même un peu de poésie) – Anouk Dunant Gonzenbach

Créations, semis et palabres. Archivage de processus de création

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

« Archiver le temps présent. Les fabriques alternatives d’archives », tel est le titre de l’édition 2018 des Journées des archives de l’Université de Louvain-la-Neuve. Les Actes de ces journées, édités par Véronique Fillieux, Aurore François et Françoise Hiraux, viennent de paraître aux Presses universitaires de Louvain. A commander ici.

J’ai eu la grande chance de participer à ces Journées ; c’est toujours un grand bonheur d’être accueillis par nos collègues belges ; grâce à elles, quand on arrive à Louvain-la-Neuve, on se sent comme à la maison, et on en repart nourris de la richesse des échanges avec les collègues de toute la francophonie – échanges qui ont lieu autant pendant les conférences qu’autour d’une bière, faut-il le préciser.

Je remercie les éditrices grâce auxquelles mon article sur notre projet d’archivage des processus de création intitulé « Créations, semis et palabres » est désormais publié.

«Créations, semis et palabres. Archivage des processus de création».

Création, semis et palabres est un projet d’archivage artistique, de valorisation et de mise à disposition du fonds de la chorégraphe Manon Hotte, qui constitue un patrimoine de la danse contemporaine genevoise et témoigne du travail spécifique mené avec des professionnels et de très jeunes danseurs. Ce projet développe, en plus d’un archivage traditionnel  des archives vivantes et évolutives en rendant lisibles des processus de création, tout en impliquant la relève artistique, les internautes et le public. Dans le but de permettre une circulation d’idées et de la matière à créer, ce projet, qui nourrit ainsi l’histoire de la création suisse, s’articule en trois formats : les boîtes à création, les tiroirs à semis et la toile à palabres.

Résumé du projet en écriture libre :

Septembre 2010

Je n’ai jamais été sensible à la danse. J’ai toujours cru que les écoles de danse étaient des usines à fabriquer des adolescentes anorexiques et nombrilistes. J’en suis restée aux tutus et lac des Cygnes au Grand Théâtre. Je n’ai jamais pris comme spectatrice le virage de la danse contemporaine. Je préfère l’opéra et le théâtre. Pourtant, j’inscris ma fille de 6 ans à l’Atelier danse Manon Hotte, dit ADMH. Parce que c’est dans le quartier, parce que je souhaite lui faire habiter son corps autant qu’elle habite sa tête, parce que je n’avais jamais eu la chance de vivre cela. Je constate rapidement tout le bienfait qu’elle retire des cours. Manon a créé l’ADMH en 1993. Puis en 1998 la Cie Virevolte qui lui est liée, une troupe de danseurs adolescents. Ses locaux sont installés au sein d’une coopérative dans le quartier de Saint-Jean à Genève. Je vibre d’emblée à la corde de cet atelier.

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Juin 2014

Problèmes financiers liés aux exigences administratives étatiques. L’Atelier ferme. J’ai le cœur brisé. Ma fille a maintenant 10 ans. Je n’avais jamais rien compris à la danse contemporaine mais sans me l’expliquer je suis subjuguée par ce que ces cours ont apporté à ma fille. Par ce que j’ai vécu comme parent bénévole dans les productions. Par la richesse que tout cela nous a apporté. Mes clichés ont disparu sous les mouvements de ces corps. Je ne m’expliquerai que par la suite pourquoi j’ai été tellement touchée par cet enseignement. En ce fichu mois de juin 2014, l’Atelier ferme. La balle rebondit, et le Projet H107 est co-fondé dans le même lieu par Marion Baeriswyl, Aïcha El Fishawy et Manon Hotte. Ensemble, elles imaginent un espace de création contemporaine ouvert aux résidences (les artistes en création peuvent louer le studio de danse pour des durées de une à trois semaines). Manon Hotte évoque à ce moment son souhait d’écrire un livre. Au préalable, elle veut classer toutes les archives de l’Atelier. Je propose mon aide pour ce dernier projet, l’archivage. Je suis une archiviste professionnelle. J’évalue. Je me dis, en deux mercredis ce sera plié, tout en boîte. Manon pourra poursuivre son projet d’écriture.

archivage

Novembre 2014

En deux mercredis tout n’a pas été plié. Parce que Manon a dit, tu sais, la danse cela ne se met pas en boîte comme cela. Nait alors le projet « Création, semis et palabres ». Je découvre pourquoi cet Atelier m’a parlé, quand Manon me dit : « mon objectif premier n’est pas forcément de faire de l’enfant un danseur, mais un citoyen qui sache quoi voter à 18 ans ». Tout s’éclaire: son but est le même que pour le scoutisme qui m’a en grande partie forgée: développer l’enfant puis le jeune dans toutes ses dimensions. Le rendre autonome. Cela m’a toujours parlé et me parle encore. Ce qui s’est passé à l’Atelier, c’est la pédagogie de la création. C’est à dire, voir comment on amène des enfants dès quatre ans à être dans une situation de créateur. L’enfant est accompagné sur le chemin de la création. Il est amené à se poser des questions, observer ce qui l’entoure. A se forger une opinion et transposer cette somme d’expérience en mouvement dansé. Une génération d’enfants et de jeunes formés ainsi. Et maintenant il s’agit d’archiver tout cela. Sans trahir l’enjeu.

Recherche. Tour du monde archivistique complet. Pas d’exemple à disposition. Alors nous développons notre propre système. La « boîte à création », qui doit permettre de découvrir comment a été effectuée une création avec les jeunes. Nous archivons quelque chose d’inédit, nous archivons des processus de création. L’archivage lui-même devient processus de création.

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Manon et Nathalie ont peur du mot archives. Pour elles, enfermer des documents dans des boîtes, c’est mettre à mort tout ce qui s’est passé. Les boîtes d’archives qui ferment avec des rubans sont des tombeaux pour mots dont certains auront peut-être la chance d’être lus un jour par un historien poussiéreux. J’appelle à l’aide mon ami Jurg, fabricant de boîtes d’archives. Il nous en réalise en couleurs, sans rubans, mais qui respectent les normes de la conservation. Ce compromis sans compromission fonctionne.

Nos boîtes ne sont pas fermées, ne sont pas là que pour la recherche historique. Elle permettent des semis, elles sont là pour recevoir des traces d’aujourd’hui et de demain. Elles sont là pour permettre la création artistique à partir de leurs témoignages.

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Mars 2018

Lancement public du projet. Nous avons archivé quelque chose d’inédit qui reste vivant. La réalisation n’a pas duré deux mercredis mais quatre ans. Le projet continue.(Je précise ici que travaillant à taux partiel à 80%, taux qui était encore plus partiel jusqu’en octobre 2017, j’ai mené ce tout cela sur mon temps privé).

A. Dunant Gonzenbach, « Créations, semis et palabres. Archivage des processus de création et archives vivantes », in Archiver le temps présent. Les fabriques alternatives d’archives, V. Fillieux, A. François, F. Hiraux (Eds), Presses universitaires de Louvain, 2020, pp. 41-62.

Flocons papillons, archives de l’enfance de la CRIEE et Anne Sylvestre

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

« Flocons, papillons, la fenêtre la fenêtre
Flocons, papillons, la fenêtre est en coton »
Anne Sylvestre

L’hiver est là, Anne Sylvestre n’est plus là, le virus est là, Noël en famille on n’y arrivera pas… Il est temps de donner la parole aux enfants, à l’avenir, aux enfants que nous étions, à ceux qui seront, et sur ce blog évidemment, cela passe par les archives.

Les archives des enfants? Archives de l’enfance?  Voici un billet sur La CRIÉE (communauté de recherche interdisciplinaire sur l’éducation et l’enfance), qui a pour objectif de contribuer à l’histoire de l’éducation et de l’enfance, par des recherches, des publications et des expositions.

La CRIEE
Tout débute en 1988, quand la CRIEE commence à constituer une collection pour sauvegarder le patrimoine scolaire genevois, en rassemblant les « souvenirs d’école et d’enfance » dispersés dans les caves et les greniers des anciens élèves et maîtres, comme il est écrit sur son site. J’imagine bien les archivistes (les archivistes sont formidables, l’a-t-on assez dit?) écumant les greniers genevois poussiéreux avec leur hotte.

Trente-deux ans plus tard, la CRIEE est riche de 22’000 objets et documents d’archives privées. L’histoire de l’école genevoise est là, dans ces documents produits par ses acteurs directs, les élèves et enseignant.e.s des écoles enfantines, primaires et secondaires!

La base de données de la CRIEE est disponible en ligne et contient des milliers de descriptions de manuels scolaires, cahiers, photos de classe, courses d’écoles, carnets, exercices de coutures ou plumiers ainsi que des images numérisées.

A voir à la rue de l’Hôtel-de-Ville
L’âme, la cheville ouvrière et la tête pensante de la CRIEEE, c’est Chantal Renevey Fry, l’archiviste du département de l’instruction publique (DIP), avec l’assistance indispensable de sa collaboratrice Klara Tuszynski. Régulièrement, en plus d’expositions à la Maison Tavel, elle présente des archives dans les vitrines du siège du DIP à la rue de l’Hôtel-de-Ville.

Actuellement, et ce sont ses mots, elle nous invite à un voyage aux temps de l’Escalade et de Noël, et dans l’hiver de plusieurs enfances successives.

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Cette exposition, écrit-elle, « n’a pas d’autre ambition que de vous offrir un peu d’évasion et de souvenirs en cette période un peu compliquée et de vous permettre de vous évader quelques instants dans une nostalgie heureuse.

Et si vous n’aimez pas l’hiver (ou cet hiver en particulier…), n’oubliez pas :

« Il neigera, il neigera, puis un jour le printemps viendra.
Et sur les branches il neigera
des fleurs de pomme et du lilas »
Anne Sylvestre

Chantal nous offre pour terminer une jolie perle datée de 1959, pour toutes les familles qui ne pourront pas se réunir au complet en ce mois de décembre:

« Cher grand-papa et grand-maman;
Je suis un peu triste de ne pas fêter Noël avec vous »

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Enfance placée, enfance volée. Le travail de l’archiviste en Suisse

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Du 3 au 5 avril 2019 a eu lieu le Forum des archivistes français à Saint-Etienne sous le thème: Archives et transparence, une ambition citoyenne (riche et passionnant, comme toujours). Dans le cadre de la session « Quels sont les besoins de la société civile en matière d’archives », Pierre Flückiger et moi-même avons exposé le sujet suivant: « Retracer le passé de victimes : la gestion de l’impact émotionnel sur les archivistes ».

Le résumé de ce texte est le suivant:
Jusqu’au début des années 1980 en Suisse, des mesures de coercition à des fins d’assistance et de placements extrafamiliaux ont été prises à l’encontre d’enfants et de jeunes. Ces enfants ont été très souvent maltraités dans les institutions ou familles d’accueil auxquelles ils avaient été confiés. Depuis quelques années, nous avons assisté à une prise de conscience de l’opinion publique, qui a amené le Parlement à adopter en 2017une loi prévoyant que les victimes de ces placements puissent bénéficier d’une contribution de solidarité. Cette loi donne pour mission aux archives publiques de reconstituer les parcours individuels de ces personnes afin de fournir les preuves des placements.
Les archivistes se retrouvent ainsi en contact avec des personnes qui cherchent à combler les trous dans leur passé et effectuent les recherches permettant d’étayer leur demande d’indemnités. Ils sont ainsi confrontés très régulièrement à des situations émotionnelles particulièrement difficiles, qui peuvent, parce qu’elles sont très fréquentes, déclencher des symptômes post-traumatiques.
Le métier d’archiviste ne forme pas à la gestion de ces situations particulières. Ce retour d’expérience montre comment développer des compétences qui aident à préserver la santé à court et moyen terme des archivistes confrontés à ces situations et comment à l’avenir notre profession peut et doit s’y préparer.

Ce texte a été publié dans le n. 255 de la Gazette des Archives.
A. Dunant Gonzenbach, P. Flückiger, « Retracer le passé de victimes : la gestion de l’impact émotionnel sur les archivistes », in Archives et transparence, une ambition citoyenne, La Gazette des Archives, n. 255, (2019-3), pp. 88-98.


Mon propre regard en prose libre:

Enfance volée

« Je m’appelle Lucie Henri je suis née le 3 mai 1951 je vous remercie de me faire parvenir mon dossier. » Message parmi les centaines de messages identiques adressés aux Archives du canton.

Elle cherche à combler les trous de son passé. Elle imagine que son passé est rangé sur une étagère par ordre alphabétique. Elle espère que les blancs qui désordonnent son enfance seront comblés par des feuilles de papier bien organisées. Un accès à l’enfant qu’elle a été, à des souvenirs qui manquent, à ces trous de son passé.

Son passé est celui d’un enfant placé. Il y en a beaucoup, mais chacun est particulier. Un passé souvent en partie effacé, un enfant abandonné, un enfant trimballé de famille d’accueil en foyer, un enfant effroyablement désemparé, un enfant qui ne comprend pas, qui a oublié.

Celle-ci a été déposé par sa mère comme une valise sur un au bout de la rue. Celui-ci a été sacrifié par la mère en faveur du beau-père qui pourtant le battait. Celle-ci a été arrachée à une mère qui ne proposait pas de père. Il y a celui qui avait des parents qui ne savaient pas faire. Celle qui avait trop de frères et sœurs. Celui qui était seul mais de trop. L’enfant veut toujours ses parents, la réciproque n’est pas vraie. Les histoires se ressemblent et sont uniques.

Alors, des draps déchirés tous les soirs dans le dortoir, des cordelettes qui frappent, des accueils qui baissent les bras, des assistantes sociales qui se démènent dans un monde encore fait de machines à écrire et de téléphones à fil, des foyers surchargés, une main-d’œuvre à laquelle on renonce car un saisonnier coûte moins cher, des failles dans le sytème, un système avec des personnes à responsabilités qui les fuient, d’autres qui les prennent, rien n’est jamais noir ni blanc, mais quand c’est noir, comme c’est noir, elle a deux  ans et demi et douze placements, le manque ne sera jamais comblé.

Une enfance volée, un avenir jamais réparé, il y a ceux pour qui si, il y a ceux pour qui non, mais pour tous, la voix tremble aujourd’hui en l’évoquant.

Son passé n’est pas dans un dossier numéroté sur un rayon identifié. Son passé, l’Etat a décidé de l’indemniser. Alors il faut le prouver. Une opportunité ainsi de se l’approprier. Mais son passé n’est pas dans un dossier numéroté sur un rayon identifié.

Ce qui reste, il faut le rassembler, une partie sur des étagères ici, une partie dans un foyer qui aurait par chance conservé des documents là-bas, une partie dans des archives scolaires, dans un registre de jugement de divorce, dans un carnet de santé, dans une décision de justice, une minutieuse enquête pour chacun en particulier. Rien n’est caché, une fois trouvé, tout est montré. Mais l’histoire se fait sur ce qui a été conservé. Alors pas pour tous, des traces sont trouvées.

Des traces officielles, des traces administratives, ce qui a été laissé dans les dossiers. C’est une version de l’histoire, un côté de l’affaire, les traces ne sont jamais objectives. Mais traces elles sont.

On lui a volé son enfance, des mots à l’encre sur une feuille ne vont pas la lui rendre. Mais comprendre, boucher des trous, lire le vide, c’est restituer un peu. Elle tremble, elle tourne les pages des dossiers, elle se raccroche à une ligne, elle pleure. Elle a fait la démarche, elle a franchi la porte, elle a pris sur elle, et maintenant elle lit. Ça confirme des éléments, ça valide des sensations, ça détruit des illusions, ça fait tout remonter. Beaucoup savent aussi qu’ils ne pourront le supporter, alors ils n’ont pas demandé.

Elle referme le dossier. Une enfance volée. Elle a soixante ans, c’est toujours resté béant.

Anouk Dunant Gonzenbach, mars 2018

Les documents du Service des tourniquets ou comment faire un e-learning sur les archives

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Depuis de nombreuses années, les Archives d’Etat de Genève proposent un cours de deux jours, deux fois par année, aux collaborateurs de l’Etat qui s’y inscrivent (à raison d’une vingtaine de participants par session). L’objectif est de présenter cette institution et de sensibiliser les participants à l’importance de la gestion documentaire.

Au fil des années, numérique oblige, les cours se sont modifiés et étoffés. Alors comme tout ce qu’on fait depuis de nombreuses années, et que tradition n’est pas synonyme de fossilisation, on a décidé de revoir entièrement ce cours avec la méthode de la spirale (fixer le macro-objectif, les objectifs qui en découlent, les contenus nécessaires pour atteindre le tout, et décliner tout cela à travers les différentes interventions qui ont lieu sur ces deux jours).

A cette occasion, le Service de formation de l’administration nous a proposé de réaliser un e-learning sur les archives, qui fonctionnerait comme un préalable à la formation en présentiel.

Une offre très tentante, mais est-ce bien raisonnable en ces périodes de folie dans lesquelles notre temps est consacré à vérifier la qualité des SIP, des version des PDFa-1, des nommage des fichiers et des images numérisées en plus de tout ce que faisaient nos pères en archives depuis la nuit des temps ?

Et bien si, c’est raisonnable, puisque cela va contribuer à amener de l’eau à notre moulin, renforcer notre bâton de pèlerin (devenu sabre-laser depuis) et dépoussiérer notre chignon déjà destructuré, et de toutes façons, depuis quand les archivistes passionnés sont-ils raisonnables ?

La réalisation est confiée à une agence de digital learning, qui va conduire ce projet. Cela signifie pour nous –une super collègue à l’origine de la motivation sur cette affaire, deux archivistes de département et moi-même- de participer, accompagnées par deux personnes du Service de formation de formation, à quatre demi-journées de travail lors desquelles nous allons devoir expliquer notre métier et l’importance de la gestion documentaire à nos interlocuteurs. Cela peut paraître fastidieux vu comme ça, mais vous voyez l’aubaine, quatre demi-journées à parler de notre travail ? Sous la conduite douce mais accrochée à son cap de la directrice de l’agence, ni le nord ni les objectifs ne se perdent en route. Le public-cible de cet e-learning reste bien l’ensemble des collaborateurs de notre administration.

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Comme scénario fictif, nous créons le service des tourniquets de l’Etat, lequel a été pourvu d’un plan de classement, d’un calendrier de conservation et d’une mission légale qui intéressera des dizaines de chercheurs du futur. Un peu de poésie ne fait jamais de mal.

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Nos deux collègues du Service de formation et l’agence de digital learning se sont trouvés un peu désemparés: le cycle des documents et les archives ont commencé à les intéresser, à les intéresser même beaucoup, même que maintenant ils nous disent qu’ils ont la pression dès qu’ils créent un document (ça vous étonne ?).

Alors voilà  le résultat d’un projet passionnant, mené à bien en un temps record et qui répond à nos objectifs de départ. On va voir maintenant comment va se passer son cycle de vie.

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Découvrir des archives en maillot de bain

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Présenter des archives à un public en maillot de bain, ça, c’est fait ! Et pas n’importe lesquelles, les documents relatifs à la Réforme à Genève datant de 1536 ! Histoire d’une belle aventure, décidément, je l’aime, cette profession :

En 2017, l’Europe a fêté les 500 ans de la protestation de Martin Luther contre les indulgences (octobre 1517). Les Archives d’Etat de Genève ne pouvaient pas passer à côté de ces commémorations, même s’il ne s’est pas vraiment passé quelque chose dans notre cité avant le début des années 1530. Nous étions de plus en plein projet de numérisation et de restauration des archives de l’Eglise protestante de Genève. Deux bonnes raisons pour préparer une exposition sur le sujet. Nous avons réuni alors un collectif d’historiens et avons choisi ensemble d’illustrer non pas la vie de grands hommes (autrement dit de ne pas axer le tout sur Calvin) mais la vie des gens, et de montrer que l’agitation religieuse émane d’une mobilisation collective et pas de la volonté d’un réformateur.

En d’autres mots, montrer comment les Genevois ont été acteurs de la Réforme et l’ont vécue dans leur quotidien. D’où le titre : « Côté chaire, côté rue. La Réforme à Genève 1517-1617 » (vous l’aurez remarqué, on triche avec cette date de 1517, mais c’est plus clair pour s’inscrire dans le contexte 2017).

Cette exposition a abordé le sujet par différents thèmes : les enfants, les femmes, les chants, l’espace public, etc. et a montré comment les archives se font l’écho de l’activisme, des résistances ou de l’adaptation des acteurs, et soulignent les changements réels ou mythifiés de la Réforme. D’ailleurs, la Réforme a été proclamée avant l’arrivée de Calvin à Genève, par exemple.

Cette expo, accompagnée par un site sous forme de storymap (voir ici),  a eu un grand succès (en toute objectivité) et de nombreuses visites guidées ont eu lieu.

Vers la fin de cette année 2017, un ami pasteur (Jean-Michel Perret, qui vient de créer un ministère pionnier « sans le seuil » proposant en complément de l’offre traditionnelle de l’Eglise des événements décalés dans l’espace public), m’a fait une constatation certes polie mais en substance son message était le suivant : « elle est bien ton expo, mais si tu veux que les gens la voient il faut la mettre dans le rue et pas seulement dans la ville haute ». Voyant venir les nuits blanches de travail pour réaliser un tel projet, je l’ai envoyé sur les roses.

Pas pour longtemps, car son intuition une fois de plus était juste. Allons-y carrément, pourquoi ne pas « Rendre la Réforme aux Genevois » et le patrimoine qui leur appartient dans l’endroit fréquenté et populaire que sont les Bains des Pâquis ?

Les Bains des Pâquis  à Genève, c’est comme le jet d’eau et l’horloge fleurie, un lieu phare, sauf que ça vit. Et à l’entrée, il y a un mur sur lequel tourne une fois par mois une nouvelle exposition. Parfait. Ne reste plus qu’à trouver le budget, adapter l’expo de base et refaire les textes, un nouveau graphisme, convaincre la commission culturelle des Bains qu’il s’agit d’histoire et non de prosélytisme et trouver un sens juste à ce projet.

Pour le budget, nous remercions trois fondations privées genevoises. Pour l’adaptation de l’expo de base, les historiens ont été d’accord pour la réutilisation et la relecture des textes. La commission culturelle des Bains est géniale. Pour le sens, Jean Stern, artiste,  a choisi de « prendre les documents d’archives par la main ». Il a transporté fictivement les documents d’archives dans les espaces qu’ils convoquent pour que ces documents puissent trouver un pouvoir d’évocation et une présence dans notre aujourd’hui. Le titre de cette nouvelle exposition en découle : « Côté chaire, côté rue, côté sens. Rendre la Réforme aux Genevois».

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Alors voilà, une exposition qui rend la Réforme aux Genevois d’aujourd’hui, la met à portée de tous et casse plein de clichés (ben oui, les Genevois n’ont pas filé si droit que cela) dans un lieu décalé pour un tel sujet, ohmondieu, des registres d’église et des procès-verbaux du Conseil de 1536 sur les murs des Bains !

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Pour le vernissage, une nouvelle intuition : nous avons contacté Xavier Michel, le chanteur du groupe Aliose, qui avait effectué son mémoire de licence en histoire sur le théâtre pendant la Réforme. Belle rencontre. Il nous a donné un coup de main pour les textes, et Aliose est venu donner un concert pendant la soirée de vernissage, en pleine bise mais dans une lumière sublime. Notre collectif d’historien a réussi à faire paraître pour cette même soirée l’ouvrage issu de l’exposition aux Archives «Côté chaire, côté rue. L’impact de la Réforme sur la vie quotidienne à Genève (1517-1617)», aux éditions La Baconnière.

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Nos 17 panneaux ont été exposés pendant un mois et nous avons proposé quatre visites guidées. Ainsi, j’ai eu le plaisir, la jubilation même, de parler archives et Réforme en plein air devant un public parfois en maillot de bain, et je n’en reviens jamais mais la magie opère à chaque coup.

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On peut transmettre notre passion pour les documents anciens partout (il faut dire qu’à Genève nous avons des sources exceptionnelles et exceptionnellement complètes car elles n’ont subi aucune destruction, mais je ne vais pas vous saouler ici pendant trois pages sur ces documents d’exception).

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Photo: Jean Stern

Même une fois, un orage a éclaté au milieu de la visite, alors on l’a continuée dans la cabane à fondue, sans support, sans photos, sans rien, et rien suffisait, et les Bains nous ont servi une fondue que nous avons mangée ensemble, personne ne se connaissait, mais on a parlé une bonne partie de la soirée.

Je suis archiviste et j’aime mon métier, je vous l’ai déjà dit ?

Un hackathon sans écran, c’est aussi ça, Open Geneva. Un temps pour se connecter, un temps pour se déconnecter. Spiritualité et gospel

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par Anouk Dunant Gonzenbach

Les hackathons, j’étais enthousiaste, puis j’ai eu un moment de doute, puis une grande bouffée d’espérance, voir mes deux billets précédents. En tant qu’archiviste au chignon déstructuré, on ne peut pas passer à côté, et plus que cela, c’est même bien de ne pas rester coté mais de participer. A la réflexion, au partage de jeux de données, à l’échange d’expérience, sous quelque forme que ce soit. Et d’être en lien avec ce festival qui a lieu chaque année à Genève en avril, Open Geneva. Open Geneva ?

Open Geneva, je les cite, a pour but de promouvoir l’innovation ouverte dans un esprit de partage des connaissances pour le bien commun. Les domaines d’innovation ouverte particulièrement visés sont les arts, les sciences, les innovations technologiques et sociales, sur le territoire du bassin de vie lémanique.

Open Geneva été créé en 2015 par le Geneva Creativity Center pour promouvoir l’innovation ouverte afin d’améliorer la qualité de vie à Genève. Lors de la première édition, plusieurs équipes d’étudiants ont travaillé durant deux week-end sur des projets scientifiques et des innovations sociales et techniques liées à l’énergie, la santé, la mobilité. L’édition 2016 a élargi le profil de ses participants et s’est concentrée sur la santé, en collaboration étroite avec les  Hôpitaux Universitaires de Genève.

En 2017, Open Geneva est devenu un Festival de Hackathons et plus de 21 initiatives ont vu le jour, impliquant des écoles et centres de recherches, administrations et entreprises, structures publiques et privées. En 2018, ça a continué, plus de 30 hackathons ont eu lieu à Genève du 9 au 15 avril.

Cette année, les Archives d’Etat de Genève n’ont pas participé à un hackathon mais ont organisé quelques jours auparavant, dans le cadre du festival Histoire et Cité, le 23 mars 2018, une table ronde intitulée : « Le rêve numérique face aux sources archivistiques », lors de laquelle il nous a paru important d’aborder les questions suivantes : Comment mettre en œuvre les beaux principes d’accès aux documents que défendent les institutions d’archives? Quelles sont les ressources à disposition? Que faire avec la masse des images numérisées? Il s’agissait de questionner l’écart entre les perspectives offertes par le progrès numérique et la réalité matérielle des centres d’archives. Les intervenants suivants ont pris la parole, Jacques Berchtold (directeur de la Fondation Bodmer),  Pierre Flückiger (Archiviste d’Etat), François Grey (professeur à l’Université de Genève),  Lorenzo Tomasin (professeur à l’Université de Lausanne), sous la modération de Enrico Natale (directeur de Infoclio.ch) .

Mais là, il n’est pas que questions d’archives. De liens en discussions avec les organisateurs d’Open Geneva, de réunions préparatoires entre geeks, universitaires, professeurs, chercheurs et humanistes numériques en échanges passionnés fut une fois abordée un matin de cet hiver qui n’en finissait pas la constatation inéluctable du temps à disposition, de la numérisation de masse face à la période incompressible nécessaire à l’analyse des données, de la fuite en avant, de l’accélération de tout, de notre perplexité, de l’avenir, bref quasi du sens de la vie.

Nous nous sommes tous retrouvés autour de la table d’une salle de réunion en haut de la tour de la RTS en train de débattre de ce problème de société et quelqu’un a presque hurlé, en fait, il faut un hackathon yoga. Un stop. Un recentrage. Et pourquoi pas de la spiritualité là au milieu ? Nous avons tous pris cela très au sérieux. Nous nous sommes arrêtés. Oui, que de sens à proposer un tel atelier.

En face de l’Université, il y a un temple. Au sein de l’Université, des aumôniers. Alors,

Et si on mettait de la spiritualité dans le numérique ? Un temps pour se connecter, et un temps pour se déconnecter. Le chant gospel comme reconnexion avec soi-même et les autres.

Et ça a lieu. Un atelier sans écran, la connexion avec soi-même et les autres.

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Deux heures de chant entre plusieurs hackathons, des tas de notes notes parmi des tonnes de bits, laisser courir les doigts sur le piano, suivre la partition et laisser le clavier, transdisciplinarité à plusieurs voix, let it shine.

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Ce moment a toute sa place ici. Un grand sens.

Et de nouvelles connexions. Je continue à croire aux hackahtons, sous toutes les formes que ce soit, parce que c’est ouvert. Comme les données. Comme les gens.

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Restitution des posters lors du hackshow du dimanche au nouveau campus HEAD

Open Geneva hackathon et données culturelles

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par Anouk Dunant Gonzenbach

Les hackathons, je n’y croyais plus trop, sentiment sans doute inversement proportionnel aux nombres de mes cheveux blancs. Ce blog alliant billets sur des données techniques, cris du cœur et comptes-rendus, mélangeons ici un peu le tout.

Je n’y croyais plus trop en pédalant à la montée sous la pluie direction l’entrée Pregny de l’ONU, transpirant d’autant plus qu’à la vérification d’identité mon enregistrement n’avait pas été reçu, tout cela pour aller présenter les choix de métadonnées et conditions d’accès retenus par les Archives d’Etat de Genève pour la mise en ligne de leurs images numérisées, lors de la première partie du Hackathon open libraries à la bibliothèque de l’ONU (qui lui-même est un pre-event du 3rd Swiss Open Cultural Data Hackathon  qui aura lieu à Lausanne en septembre prochain). Ok compliqué, moi non plus, je n’avais pas tout bien compris en arrivant.

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Une fois dedans et comme toujours, l’effet ONU est garanti, on se croit mileu des années 30 droit dans Belle du seigneur, le magistral roman d’Albert Cohen. Les hackathons, je n’y croyais toujours plus trop, mais franchement c’est toujours un immense plaisir de revoir les collègues, amis et connaissances. Une première partie d’exposés ponctuée par l’intervention de Rufus Pollock, le fondateur de l’open knowledge foundation, et ses « Wonderful » (même s’il me semble qu’il prêche des déjà-convaincus et qu’il n’y a rien de trop neuf mais bon).

Après la pause, présentation des idées liées aux jeux de données. Martin Grandjean (chercheur, historien, digital humanist et spécialiste des archives de la Société des Nations) propose le développement d’une application qui permettrait aux internautes de taguer les visages sur la collection de photos de la SDN, hébergée aujourd’hui sur un site obsolète. 4 jeunes étudiants d’Epitech, école de l’innovation et de l’expertise informatique à Lyon  se joignent à ce projet.

Et là, sans projet préconçu, une équipe idéale est constituée : un chercheur spécialiste et hyperfamilier du fonds de photos, les archivistes de l’ONU et ces 4 développeurs. Tout le monde se comprend au quart de tour.

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Je n’y croyais plus trop, à ces hackathons, mais là il se passe un truc. Un échange immédiat, sur la même longueur d’ondes, chacun avec sa spécialité. Quasi-transgénérationnel, en plus. Ça phosphore en live et ça se lit sur les visages. Juste pour la beauté de la chose. Un pur moment d’espérance, c’est ma lecture de l’instant.

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J’avoue que je ne suis pas présente les deux jours suivants, un samedi et un dimanche lors desquels 20 hackathons parallèles se déroulent en plusieurs lieux à Genève lors de ce Open geneva hackathon (sur les thèmes de la santé, des smart city, du social, etc.). Mais je vibre lorsque je lis que notre projet est sélectionné pour représenter le Geneva Open Libraries lors de la cérémonie de clôture qui rassemble ces fameux 20 hackatons parallèles, par un pitch de 3 minutes pour la préparation duquel on bénéficie d’un coaching professionnel.

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Trop bien. Et pour citer l’un des étudiants de l’Epitech, Adrien Bayles, »il n’y avait pas de jury pour départager les dernières équipes en lice, mais nous considérons tout de même que nous avons gagné, ne serait-ce que pour les contacts que nous avons noués et ajoutés à notre carnet d’adresse ».

Des étudiants remarquables et épatants, qui en plus veulent continuer le projet car ils ont été touchés par la passion des archivistes et chercheurs.

Je n’y croyais plus trop à ces hackathons? Quelle grave erreur! J’y crois pour tout, pour la technique, pour le développement, pour les échanges, pour la confiance, pour les contacts, pour les liens, pour l’avenir.

L’équipe

Martin Grandjean, Université de Lausanne, @GrandjeanMartin
Blandine Blukacz-Louisfert, Archives ONU
Colin Wells, Archives ONU
Maria Jose Lloret, Archives ONU
Adam Krim, Epitech Lyon
Louis Schneider, Epitech Lyon
Adrien Bayles, Epitech Lyon, @Ad_Bayles
Paul Varé, Epitech Lyon
Anouk Dunant Gonzenbach, Archives d’Etat de Genève, @noukdunant

Les archives, la géomatique et la Réforme : une promenade virtuelle dans la Genève du 16e siècle sous forme de StoryMap

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Le paradoxe de la carte réside dans le fait qu’elle sert à faire état de territoires découverts et à en découvrir de nouveaux. A notre époque, les nouveaux territoires ne sont plus à découvrir sur la terre mais dans les couches du temps. Aujourd’hui, grâce à la technologie géomatique, il est possible de synthétiser sur des cartes les connaissances acquises et ainsi exploiter mieux les cartes historiques.

La cartographie n’est pas un sujet habituellement traité en archivistique. Lors de la 2e conférence annuelle des archives de l’ICA à Gérone en octobre 2014, nous avons présenté comment les cartes et données historiques genevoises ont été intégrées au système d’information du territoire genevois (SITG) et avions expliqué une démarche illustrée par un exemple d’utilisation différent des sources historiques et d’engagement d’activités archivistiques dans un tel projet.

Toujours plus loin. Convaincues qu’il faut présenter les archives selon différents angles et atteindre des publics multiples, les Archives d’Etat de Genève (AEG) ont continué leurs réflexions et proposent aujourd’hui, en complément à leur nouvelle exposition physique, une présentation virtuelle des sources relatives à la Réforme à Genève sous forme de StoryMap, une promenade dans la Genève du 16ème siècle.

Côté chaire, côté rue. La Réforme à Genève 1517-1617
« Côté chaire, côté rue. La Réforme à Genève 1517-1617 », tel est le titre de l’exposition des AEG, visible jusqu’au 15 décembre 2017, qui présente l’impact de la Réforme sur la vie quotidienne des Genevois et qui a lieu dans le contexte du 500e anniversaire de la Réforme luthérienne (1517).

Le choix de la StoryMap
Selon la définition donnée par Esri, une StoryMap s’appuie sur la géographie pour organiser et présenter des informations. Elle présente un récit concernant un site, un événement, une question, une tendance ou un motif, dans un contexte géographique. Elle associe des cartes interactives à du contenu enrichi de texte, photos, vidéo et audio dans des expériences utilisateur basiques et intuitives».

Jusqu’à présent, les AEG proposaient en ligne les textes de leurs expositions agrémentés d’illustrations sous forme de pages HTML statiques. Cette fois, une nouvelle technologie a été testée puis choisie, permettant de présenter l’intégralité des documents exposés, et même plus, géoréférencés sur un plan historique de Genève.

Et voilà le résultat ! www.ge.ch/archives-expo2017

Cette StoryMap a été réalisée sur la plateforme ArcGis Online par Aude Matthey-Doret dans le cadre de son stage de certificat complémentaire en géomatique .

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« En préservant le passé, on offre des solutions pour l’avenir ». Ban-Ki-Moon. Et le présent?

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par Anouk Dunant Gonzenbach

Ce qu’il y a de bien dans les conférences internationales archivistiques, c’est que les orateurs invités pour les keynotes speech du début montrent à quel point les archives sont indispensables. Alors on se rengorge, mais c’est vrai. Et l’orateur, c’est pas n’importe qui, celui qui a ouvert ce matin le Congrès du Conseil international des archives (ICA) qui se tient en ce moment-même à Séoul, c’est Ban-Ki-Moon.

Ce qu’il il y a de bien aussi aujourd’hui, c’est que sans être en Corée, on peut suivre les conférences grâce aux collègues qui gazouillent pour nous. Quasiment en direct donc de Séoul, voici les réflexions que l’ONU apporte sur les archives.

Ban-Ki-Moon, représenté par John Hocking (Assistant Secretary General UN) adresse ses félicitations à la communauté archivistique, car « les archives jouent un rôle important pour soutenir la justice et la réconciliation ». Les archivistes sont les conservateurs de l’histoire, dit-il. En préservant le passé, on offre des solutions pour l’avenir.

Son message est le suivant,  il est indispensable de documenter les atrocités pour en tirer des leçons. Ainsi, en consultant les archives du Rwanda, on peut comprendre comment et pourquoi les atrocités se sont développées et on peut tenter de prévenir les mêmes en décelant les éléments déclencheurs.

Dans notre nouvelle ère de la justice internationale moderne, les archives sont un outil pour anticiper les atrocités.

Ce qui est nettement moins cool, c’est l’ici et maintenant. C’est que la problématique est sous nos fenêtres, que la loi est ce qu’elle est, que les dossiers documentant les atrocités sont en train d’être produits, des dossiers de réfugiés et de migrants renvoyés des pays d’Europe par exemple, que nous devrons les archiver pour avoir du recul dans cinquante ans, pour que les survivants puissent se reconstruire dans cinquante ans, que nous fassions notre mea culpa dans cinquante ans, mais quelles sont les solutions pour l’avenir puisque nous n’en avons même pas pour le présent ?

Sans parler du cas de conscience citoyen, c’est un des paradoxes de notre profession, et là c’est plus compliqué de continuer à se rengorger.

Merci pour le direct à :

@Archivistes_AAF

@souslapoussiere

@archivist_chloe

@s_kwasnitza

Kowloon Walled City, mondes virtuels et archivage comme création artistique

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par Anouk Dunant Gonzenbach

Mon vélo à fleurs se fait rattraper à un feu rouge par celui d’un ami surgi du passé : on pourrait discuter archives à mon atelier un de ces jours, me demande celui qui est devenu artiste, Laurent Valdès. Une proposition si incongrue ne se refuse pas (tiens mon chignon qui sent la poussière n’est pas rédhibitoire aujourd’hui). Nous voici ainsi quelques jours plus tard, un collègue aussi ami de l’artiste (ci-après SuperCollègue parce que c’est le king des SIP) et moi dans l’atelier en question à découvrir le mythe de la Kowloon Walled City, digne de celui de l’Atlantide sauf que c’est pour de vrai. Nous nous asseyons entre des boîtes Oekopack et des ordinateurs.

La Kowloon Walled City
La Kowloon Walled City, c’est une enclave chinoise au centre de Hong Kong encore britannique, une anomalie urbaine labyrinthique de 2,7 hectares développée anarchiquement, quarante mille Chinois vivant dans le quartier le plus dense du monde, un quotidien ordinaire entre fumeries d’opiums, de crack, petites usines, commerces familiaux et maisons closes. Un quartier cousu, recousu et rapiécé où le sol ne connaît plus le mot lumière, une organisation sociale paisible jouxtant les activités criminelles des triades chinoises. Une sorte de protubérance carrée au milieu d’une étendue de bâtiments peu élevés.

La Kowloon Walled City, disparue en 1993. Démolie. Rasée. Il n’en reste qu’un parc. Peu de traces tangibles. Mais des œuvres de fictions, des jeux vidéos, des mondes virtuels, la Kowloon City en alimente depuis lors l’imaginaire collectif.

Comment la disparition physique d’un lieu peut devenir une matrice pour notre imaginaire, tel est l’objet de recherche de Laurent Valdès. Qui de séjours sur place en recherches a réuni des traces documentaires et des œuvres de fiction, une collection sur la Cité disparue, une archive en devenir.

Quand la cotation devient un geste artistique
On en arrive à la question pour laquelle SuperCollègue et moi sommes là, fascinés par cette histoire réelle, suspendus aux lèvres de notre copain et tout contents que notre profession nous ait entrainés dans ce chemin de traverse. Quelles sont les caractéristiques matérielles d’un fonds d’archives, qui font qu’un fonds d’archives ressemble à un fonds d’archives ? Car Laurent va proposer une installation artistique de son travail dans une galerie genevoise, la Milkshake Agency, en organisant, classant et ordonnant tous les éléments qu’il a collectés, pour les présenter sous forme d’archive en devenir.

Alors SuperCollègue et moi on parle boutique. On parle étagère, compactus, boîte, inventaire, étiquette. C’est ainsi que la cotation devient un geste artistique. Sous le nom de All We Leave Is A Memory, l’installation est une création artistique à partir de documents collectés qui deviennent des archives, présentée sous forme d’archives. Démarche puissante. Archives dans galerie d’art contemporain:

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Immersion dans la réalité virtuelle : Persistent Shadow
En parallèle à l’installation All We Leave Is A Memory, Laurent Valdès propose à la galerie Halle Nord une installation qui explore la mémoire de la Kowloon Walled City par un dispositif de réalité virtuelle. Au milieu de la galerie vide, un lac d’encre de Chine pour l’odeur et un carton postal chinois sur lequel est posé un casque.

Je mets le casque, me retrouve dans la même galerie mais cette fois agrémentée d’écrans vidéos, une porte se dessine sur un mur. Je franchis la porte et me retrouve dans l’ombre de la cité disparue, au pied des immeubles recouverts de noir. Dans un jeu vidéo qui n’est pas un jeu, dans une ville qui n’existe plus, le long d’habitations détruites dont les anciens habitants sont encore en vie. Je cours dans les rues, ai un peu le vertige, je commence à paniquer, et si les bulldozers arrivaient, j’arrache le casque, je reviens à Genève. Il n’y a plus de poussière sur mon chignon, il n’y a plus de chignon.

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Installations de Laurent Valdès :

All We Leave Is A Memory, Milkshake Agency, du mardi 10 mai au vendredi 17 juin 2016 (exposition en vitrine visible en tout temps, visite sur rdv  : all_we_leave@nusquama.ch)..

Persistent Shadow, Halle Nord, du vendredi 20 mai au dimanche 29 mai 2016 (du mardi au dimanche de 14h à 18h).