Le présent d'hier et de demain

Réflexions sur les archives et surtout l'archivistique à l'ère du numérique

L’archiviste, le mot, l’image et moi et moi et moi…

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

On a beau lutter, rien n’y fait, notre image est poussiéreuse et à chignon. On se pose plein de questions. Changer de vocabulaire? Quand on remonte la chaîne documentaire pour aller dans la vie, la vraie, là où l’histoire c’est le présent, là où l’histoire est en devenir et non à écrire, on côtoie tout plein de gens formidables à qui on s’efforce de faire comprendre que le salut passe par la gouvernance de l’information, et on se heurte à notre désignation. Archiviste. Alors quoi, transformer le mot ? Records manager? gestionnaire de l’information? Colorier avec des pinceaux couleur glamour les différentes nuances de notre profession ? Est-ce que cela va changer quelque chose ?

C’est finalement sur l’ensemble du cycle de vie du document que nous avons un défaut d’image et que nous en souffrons (ou pas). La preuve par les Journées des archives de Louvain, lors desquelles un jeune collègue exprimait sa douleur relative à l’image de la barbe de l’archiviste qui pousse au rythme des années de fonction.

Je ne suis pas sûre qu’on arrive à changer le mot. Mais. Et le message, si on allait le refaire?

Jeunes (tout le monde est jeune, dans la tête) et enthousiastes, bien dans nos baskets et nos talons, nous approprier le message, le discours, les missions, les absorber et les transmettre avec nos mots, notre enthousiasme et nos convictions (les miennes sont ici).

Je sais, on le fait déjà, mais si on tentait cela en étant conscient de cette réappropriation ?

Oui je sais aussi, nous ne sommes pas au centre du monde, et si on l’oublie, Frédéric Sardet est là pour nous le rappeler (à coup de Chokotoff s’il le faut). Mais notre petit bout de monde, pourquoi pas le rendre un peu poétique parfois ?

C’était un petit coup de cœur à l’occasion de l’anniversaire des trois ans de ce blog.

Alors l’image autour du mot, on va la refaire ?

7 Responses to L’archiviste, le mot, l’image et moi et moi et moi…

  1. Joyeux anniversaire ! :-)

  2. Desplan Denise says:

    Je suis d’accord, l’image des archivistes est bourrée de stéréotypes. Pour moi, l’important est que notre métier, archiviste, e-archiviste, gestionnaire de l’information…n’est pas près de tomber dans l’oubli!
    Si je prends un parallèle : on continue à se méfier (à tort!) des psys et pourtant ils sont systématiquement appelés lors de situations de crise. Décennie après décennie, leur présence dans la société est devenue indispensable.
    Nos « luttes » continuent, notre métier est bien vivant, de mieux en mieux reconnu. Nous bougeons les lignes. Chaque jour. Chacun d’entre nous. Lentement mais sûrement. Comme ce blog. Joyeux 3 ans!
    DensInthearchiv

  3. Adam PAM says:

    Qu’est ce que vous avez raison..j’ai donne une conférence sur la même tonalité et le même rythme avec des convictions similaires a s’y méprendre a l’École des bibliothécaires archivistes et documentalistes de Dakar..Les archivistes sont devenus par un tour de passe-passe, des ingénieurs documentaires. Qu’est ce que c’est barbant la schizophrénie professionnelle !

  4. Heureuse de découvrir cet échange autour des archives, un lieu mythique chargé d’émotion pour moi ! Pendant des années mon compagnon de vie y a passé la moitié de son temps et quand on demandait à notre petit garçon où était son père, il répondait spontanément : « Aux arçives ! ». Je me demande ce qu’il voyait ! Moi je revois des sortes de grandes parois avec des casiers (?) près desquels je l’avais accompagné et ile me semble qu’ il avait sorti un étrange document : le papier déchiré qu’une mère du 19e siècle avait accroché aux vêtements du petit enfant qu’elle avait dû abandonner… Mais est-ce que je rêve ? Ce devait être à la fin des années 60. Internet n’existait pas encore. Et ce monde des archives ressemble dans ma mémoire… au Bureau des Objets trouvés que j’ai hélas beaucoup fréquenté !

  5. Anouk Dunant Gonzenbach says:

    Oh Denise, merci pour ces mots. Oui, tu te souviens d’un registre de la série des Archives hospitalières. Sous l’Ancien Régime, les orphelins, les enfants abandonnés et les enfants de parents indigents ou jugés incapables d’assumer moralement leur progéniture sont confiés à l’Hôpital général.
    Chaque exposition d’enfant donne lieu à une enquête, dans laquelle figurent l’inventaire des objets trouvés sur le bébé, le rapport du médecin chargé d’évaluer son âge et son état de santé, l’audition de la personne qui a trouvé l’enfant, et, parfois, un message rédigé par l’auteur de l’abandon.
    Tu fais peut-être allusion à une carte à jouer coupée en deux, dont la moitié est conservée dans un de ces registres, ou à un morceau de ruban. En effet, parfois le père ou la mère ont pris toutes les précautions pour pouvoir récupérer un jour son enfant. Le parent conserve l’autre moitié de la carte, ou du ruban, pour pouvoir peut-être un jour prouver, en emboîtant son morceau, qu’il s’agit bien de son enfant. Ces archives sont particulièrement touchantes.
    Voici le lien vers un film sur les Archives d’Etat tout particulièrement poétique, depuis la page d’accueil: « Pièces à rêveries & autres convictions » http://www.ge.ch/archives

  6. Oui, oui, c’est ça, exactement : la carte coupée en deux … et le ruban ! je le voyais dans ma mémoire, mais cela me semblait si fou que je craignais un tour de mon imagination débridée.
    J’irai voir le film. « Pièces à rêveries… » C’est bien ce qui s’est passé dans ma tête durant 45 ans. Si bien que j’ai cru avoir inventé cette histoire qui me rappelait « Sans Famille ». Merci Anouk de me relier à ces moments lointains que je ne pensais pas si vivants en moi !

  7. L’archivist du passé est aujourd’hui le spécialiste Information Management.