Le présent d'hier et de demain

Réflexions sur les archives et surtout l'archivistique à l'ère du numérique (et parfois même un peu de poésie) – Anouk Dunant Gonzenbach

Merci aux Archiveilleurs!

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Je ne sais plus exactement quand la profession a commencé à bloguer, puis à facebooker et tweeter ce qui se passait par-ci par-là. Je me rappelle juste qu’un jour, en plus de la lecture des revues professionnelles, j’ai commencé à faire des listes de sites internets favoris, à les copier-coller entre le bureau et la maison, à me discipliner pour y faire un tour une fois par semaines (je ne comprenais encore pas bien les flux RSS), à commencer à flipper parce que je n’y arrivais pas, à m’extasier devant les Tweets qui nous ouvraient en direct sur l’actualité de nos collègues, à paniquer à mort parce que je n’arrivais pas à suivre, à m’envoyer par e-mail les liens de ces Tweets pour ne pas les perdre et les lire plus tard, à devenir dingue parce que je n’y arrivais pas non plus…

… et les Archiveilleurs sont arrivés. Discrètement au début, avec déjà un graphisme d’enfer. La fameuse image des gens avec les jumelles. Un trésor, une mine d’or. Tout était là, et on pouvait leur proposer des liens. Une veille professionnelle exceptionnelle (à l’image de la profession hein).

archiveilleurs

Et cela fait déjà 10 ans exactement, déjà, nous apprennent-ils dans un billet du 26 avril 2020. Chères et Chers Archiveilleurs, je vous remercie du fond du cœur pour ce flux d’information, qui n’a pas d’équivalent. L’article d’Alexandre Garcia  – aka soulap, l’un des piliers –  qui annonce cet anniversaire est à l’image de cette action, les illustrations toujours d’enfer.

Je pense que les Archiveilleurs ont toujours leur place dans le monde archivistique et en sont d’ailleurs devenus une pièce indispensable. Je pense que cette activité de veille est toujours pertinente et utile à notre communauté.

Merci à vous sincèrement, archivistiquement et pour encore longtemps je l’espère!

Covid-19, solidarité archivistique, poussière et FFP2

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par Anouk Dunant Gonzenbach

Depuis bientôt vingt ans, je prends mon bâton de pèlerin d’une main et mon sabre laser de l’autre pour dépoussiérer notre profession, car tout le monde nous imagine enfermés dans des caves pleines de vieux documents tous gris et nous aussi gris qu’eux, nous, les archivistes.

Médiation avec les enfants, médiation numérique, archivage électronique, trésors merveilleux, parchemins émouvants, dossiers personnels comme traces de vies oubliées, preuves des activités de l’Etat, de la couleur et et et mon chignon destructuré et mes lentilles de contact.

Paf là d’un coup bizarrement, c’est aujourd’hui grâce à la poussière (il ne faut pas se cacher la vérité, il y en a quand-même, en vrai, de la poussière, bien sûr) que les archives peuvent apporter une toute petite pierre à l’édifice. Pour traiter les fonds qui entrent dans nos dépôts avec de la poussière, ou pour nous protéger lorsqu’il y a des moisissures sur les documents, nous utilisons des masques (même des FFP 2 et 3 car il ne faut toujours pas se cacher la vérité, de la poussière, il n’y en a pas qu’un peu), des gants, des charlottes et des surblouses.

Beaucoup de nos institutions possèdent donc des stocks –certes modestes- de ce matériel qui a pris une valeur que personne ne pouvait soupçonner il y a quelques semaines. Les Archives se sont donc mobilisées pour le mettre à disposition des hôpitaux. Plusieurs institutions ont également détaché des archivistes, vu qu’on est spécialisés dans la gestion documentaire, dans les états-majors des dispositifs de crise cantonaux.

Au niveau de l’Association des archivistes suisses (AAS), un appel à la solidarité a été lancé :

 vsa-aas

A la Chaux-de-Fonds, les institutions archivistiques et muséales ont lancé un défi Facebook #FileTonMatos:

defi-fbTout cela a essaimé chez les GLAM suisses (on est glam’ vous saviez pas ? Galleries, Libraries, Archives and Museums). Partout dans le monde, les archives se sont mobilisées :

 arch_dep_seine

Il y a même eu un article dans Paris-Match:

paris_match

Et comme nous avons un humour archivistique très particulier, je ne résiste pas à relayer le tweet de nos collègues du Borthwick Institute for Archives de l’université de York (merci @souslapoussiere pour le repérage) :

york

Enfance placée, enfance volée. Le travail de l’archiviste en Suisse

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Du 3 au 5 avril 2019 a eu lieu le Forum des archivistes français à Saint-Etienne sous le thème: Archives et transparence, une ambition citoyenne (riche et passionnant, comme toujours). Dans le cadre de la session « Quels sont les besoins de la société civile en matière d’archives », Pierre Flückiger et moi-même avons exposé le sujet suivant: « Retracer le passé de victimes : la gestion de l’impact émotionnel sur les archivistes ».

Le résumé de ce texte est le suivant:
Jusqu’au début des années 1980 en Suisse, des mesures de coercition à des fins d’assistance et de placements extrafamiliaux ont été prises à l’encontre d’enfants et de jeunes. Ces enfants ont été très souvent maltraités dans les institutions ou familles d’accueil auxquelles ils avaient été confiés. Depuis quelques années, nous avons assisté à une prise de conscience de l’opinion publique, qui a amené le Parlement à adopter en 2017une loi prévoyant que les victimes de ces placements puissent bénéficier d’une contribution de solidarité. Cette loi donne pour mission aux archives publiques de reconstituer les parcours individuels de ces personnes afin de fournir les preuves des placements.
Les archivistes se retrouvent ainsi en contact avec des personnes qui cherchent à combler les trous dans leur passé et effectuent les recherches permettant d’étayer leur demande d’indemnités. Ils sont ainsi confrontés très régulièrement à des situations émotionnelles particulièrement difficiles, qui peuvent, parce qu’elles sont très fréquentes, déclencher des symptômes post-traumatiques.
Le métier d’archiviste ne forme pas à la gestion de ces situations particulières. Ce retour d’expérience montre comment développer des compétences qui aident à préserver la santé à court et moyen terme des archivistes confrontés à ces situations et comment à l’avenir notre profession peut et doit s’y préparer.

Ce texte a été publié dans le n. 255 de la Gazette des Archives.
A. Dunant Gonzenbach, P. Flückiger, « Retracer le passé de victimes : la gestion de l’impact émotionnel sur les archivistes », in Archives et transparence, une ambition citoyenne, La Gazette des Archives, n. 255, (2019-3), pp. 88-98.


Mon propre regard en prose libre:

Enfance volée

« Je m’appelle Lucie Henri je suis née le 3 mai 1951 je vous remercie de me faire parvenir mon dossier. » Message parmi les centaines de messages identiques adressés aux Archives du canton.

Elle cherche à combler les trous de son passé. Elle imagine que son passé est rangé sur une étagère par ordre alphabétique. Elle espère que les blancs qui désordonnent son enfance seront comblés par des feuilles de papier bien organisées. Un accès à l’enfant qu’elle a été, à des souvenirs qui manquent, à ces trous de son passé.

Son passé est celui d’un enfant placé. Il y en a beaucoup, mais chacun est particulier. Un passé souvent en partie effacé, un enfant abandonné, un enfant trimballé de famille d’accueil en foyer, un enfant effroyablement désemparé, un enfant qui ne comprend pas, qui a oublié.

Celle-ci a été déposé par sa mère comme une valise sur un au bout de la rue. Celui-ci a été sacrifié par la mère en faveur du beau-père qui pourtant le battait. Celle-ci a été arrachée à une mère qui ne proposait pas de père. Il y a celui qui avait des parents qui ne savaient pas faire. Celle qui avait trop de frères et sœurs. Celui qui était seul mais de trop. L’enfant veut toujours ses parents, la réciproque n’est pas vraie. Les histoires se ressemblent et sont uniques.

Alors, des draps déchirés tous les soirs dans le dortoir, des cordelettes qui frappent, des accueils qui baissent les bras, des assistantes sociales qui se démènent dans un monde encore fait de machines à écrire et de téléphones à fil, des foyers surchargés, une main-d’œuvre à laquelle on renonce car un saisonnier coûte moins cher, des failles dans le sytème, un système avec des personnes à responsabilités qui les fuient, d’autres qui les prennent, rien n’est jamais noir ni blanc, mais quand c’est noir, comme c’est noir, elle a deux  ans et demi et douze placements, le manque ne sera jamais comblé.

Une enfance volée, un avenir jamais réparé, il y a ceux pour qui si, il y a ceux pour qui non, mais pour tous, la voix tremble aujourd’hui en l’évoquant.

Son passé n’est pas dans un dossier numéroté sur un rayon identifié. Son passé, l’Etat a décidé de l’indemniser. Alors il faut le prouver. Une opportunité ainsi de se l’approprier. Mais son passé n’est pas dans un dossier numéroté sur un rayon identifié.

Ce qui reste, il faut le rassembler, une partie sur des étagères ici, une partie dans un foyer qui aurait par chance conservé des documents là-bas, une partie dans des archives scolaires, dans un registre de jugement de divorce, dans un carnet de santé, dans une décision de justice, une minutieuse enquête pour chacun en particulier. Rien n’est caché, une fois trouvé, tout est montré. Mais l’histoire se fait sur ce qui a été conservé. Alors pas pour tous, des traces sont trouvées.

Des traces officielles, des traces administratives, ce qui a été laissé dans les dossiers. C’est une version de l’histoire, un côté de l’affaire, les traces ne sont jamais objectives. Mais traces elles sont.

On lui a volé son enfance, des mots à l’encre sur une feuille ne vont pas la lui rendre. Mais comprendre, boucher des trous, lire le vide, c’est restituer un peu. Elle tremble, elle tourne les pages des dossiers, elle se raccroche à une ligne, elle pleure. Elle a fait la démarche, elle a franchi la porte, elle a pris sur elle, et maintenant elle lit. Ça confirme des éléments, ça valide des sensations, ça détruit des illusions, ça fait tout remonter. Beaucoup savent aussi qu’ils ne pourront le supporter, alors ils n’ont pas demandé.

Elle referme le dossier. Une enfance volée. Elle a soixante ans, c’est toujours resté béant.

Anouk Dunant Gonzenbach, mars 2018

Un mois de juin ordinaire, au nom de la femme?

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Petit coup de coeur pas vraiment archivistique mais d’actualité, écrit fin juin il y a quelques années:

Chaque année le mois de juin c’est la fin du monde, sauf qu’on s’en tire un peu mieux qu’au mois de décembre (la fin du monde aussi), parce qu’il n’y a pas de fête de Noël à la fin.

C’est la fin du monde pour toute mère d’un enfant ou plus dans une ville comme celle de Genève, on va dire deux enfants, surtout s’ils sont scolarisés, suivent des cours de musique ou de danse ou de sport ou les trois.

Ça commence par des circulaires blanches toutes innocentes, mais truffées de dates, de coupon-réponses et de pic-nic en devenir. Telles les papillons, on les aimante sur le frigo. Sans crier gare, il n’y a plus de place, il faut commencer à les surperposer, par dates d’événement pour les plus oranisées.

A cela s’ajoutent les mails annonçant les matches et les auditions de piano, fourbement dématérialisés donc inépinglables sur le frigo. Donc informations censées être lues puis rester dans un coin de la tête. Ruse supplémentaire, les sms qui modifient les informations reçues pas mail. On commence à flipper.

Religieusement on anticipe à peu près les deux pic-nics à confectionner chaque jour, les shorts de sport propres pour les journées sportives, les grand-parents à prévenir pour les auditions (en fait non, ça je l’ai oublié), les dates et heure de répétition pour le spectacle de l’école. Mais pour le repas canadien de la fête de cette même école suivant le spectacle, on craque. Après une journée de travail dans les pattes, travail qui n’échappe pas à la folie furieuse de juin puisqu’après c’est deux mois semi-morts, on achète deux pots de humus à la Coop qu’on transfère dans un Tupperware comme cela ça aura l’air fait maison, pas de doute on est superwoman jusqu’au bout. Et bien sûr tout cela sans s’énerver sur la progéniture épuisée elle aussi surtout après les évaluations cantonales.

Quand tout cela est surmonté, avec le bonus spécial de l’enfant né en juillet pour lequel il faut organiser un anniversaire en juin avec les copains, ne reste plus qu’à finaliser les dernières lessives pour préparer les sacs de camp. Et voilà, ils sont partis, on peut s’écrouler.

Moi, je m’offre une semaine bonus en paquet surprise, une semaine toute seule. A la base je voulais partir pour écrire, en fait je vais dormir et lire. Dans le train du trajet aller, je suis tellement cuite qu’il me faut le trajet Lausanne-Vevey pour me rappeler le nom d’un groupe de musique que j’avais sur le bout de la langue. A la place, voilà ce qui est sorti :

Poésie d’une mère de famille qui a survécu au mois de juin

J’ai jeté le journal dans la poubelle
Du train
Sans le lire
Acte de rébellion
Contre la pression
Des mille actes quotidiens.
De l’autre côté de la fenêtre
Une barque avec deux pêcheurs
Trois bouées jaunes
Deux mouettes et un château.
Je lève vers eux mon gobelet de café :
« A tous les journaux non lus ».

 

 

Les documents du Service des tourniquets ou comment faire un e-learning sur les archives

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Depuis de nombreuses années, les Archives d’Etat de Genève proposent un cours de deux jours, deux fois par année, aux collaborateurs de l’Etat qui s’y inscrivent (à raison d’une vingtaine de participants par session). L’objectif est de présenter cette institution et de sensibiliser les participants à l’importance de la gestion documentaire.

Au fil des années, numérique oblige, les cours se sont modifiés et étoffés. Alors comme tout ce qu’on fait depuis de nombreuses années, et que tradition n’est pas synonyme de fossilisation, on a décidé de revoir entièrement ce cours avec la méthode de la spirale (fixer le macro-objectif, les objectifs qui en découlent, les contenus nécessaires pour atteindre le tout, et décliner tout cela à travers les différentes interventions qui ont lieu sur ces deux jours).

A cette occasion, le Service de formation de l’administration nous a proposé de réaliser un e-learning sur les archives, qui fonctionnerait comme un préalable à la formation en présentiel.

Une offre très tentante, mais est-ce bien raisonnable en ces périodes de folie dans lesquelles notre temps est consacré à vérifier la qualité des SIP, des version des PDFa-1, des nommage des fichiers et des images numérisées en plus de tout ce que faisaient nos pères en archives depuis la nuit des temps ?

Et bien si, c’est raisonnable, puisque cela va contribuer à amener de l’eau à notre moulin, renforcer notre bâton de pèlerin (devenu sabre-laser depuis) et dépoussiérer notre chignon déjà destructuré, et de toutes façons, depuis quand les archivistes passionnés sont-ils raisonnables ?

La réalisation est confiée à une agence de digital learning, qui va conduire ce projet. Cela signifie pour nous –une super collègue à l’origine de la motivation sur cette affaire, deux archivistes de département et moi-même- de participer, accompagnées par deux personnes du Service de formation de formation, à quatre demi-journées de travail lors desquelles nous allons devoir expliquer notre métier et l’importance de la gestion documentaire à nos interlocuteurs. Cela peut paraître fastidieux vu comme ça, mais vous voyez l’aubaine, quatre demi-journées à parler de notre travail ? Sous la conduite douce mais accrochée à son cap de la directrice de l’agence, ni le nord ni les objectifs ne se perdent en route. Le public-cible de cet e-learning reste bien l’ensemble des collaborateurs de notre administration.

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Comme scénario fictif, nous créons le service des tourniquets de l’Etat, lequel a été pourvu d’un plan de classement, d’un calendrier de conservation et d’une mission légale qui intéressera des dizaines de chercheurs du futur. Un peu de poésie ne fait jamais de mal.

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Nos deux collègues du Service de formation et l’agence de digital learning se sont trouvés un peu désemparés: le cycle des documents et les archives ont commencé à les intéresser, à les intéresser même beaucoup, même que maintenant ils nous disent qu’ils ont la pression dès qu’ils créent un document (ça vous étonne ?).

Alors voilà  le résultat d’un projet passionnant, mené à bien en un temps record et qui répond à nos objectifs de départ. On va voir maintenant comment va se passer son cycle de vie.

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Une étoile au ciel, et sur terre ?

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

En ce temps de Noël, un texte que je souhaite partager (précision: rien à voir avec les archives, la dataification et le futur forum de l’AAF auquel je me réjouis tellement d’aller):

une_etoile_au_ciel_2018

Une étoile au ciel, et sur terre ?

Elle brille haut dans le ciel, enfin au moins une fois par année on s’en souvient, grâce à elle les cadeaux sont arrivés à bon port même si au fond il n’y avait pas besoin de myrrhe, d’or et d’encens, elle est dans toutes les images de Noël, tous les contes, toutes les histoires, tous les poèmes. Elle est une boussole, un repère, la Source, signe éternel de ce qui nous transcende. Une étoile au ciel, et sur terre ? Drôle de question. Ici, et maintenant – Faut-il chercher, et où faudrait-il en chercher un reflet, une trace, un signe tangible ?

Faudrait-il chercher l’étoile au loin, contrées poivrées aux cueilleurs de thé bidonvillés exploités, au pôle nord qui fond, dans les camps de déplacés, dans le canon d’un fusil vendu par la Suisse et fourni à un enfant-soldat de dix ans à l’extrémité d’un autre continent, sur l’Aquarius, dans un complexe de vacances grec remplis d’allemands, dans le sixième ascenseur au fond à gauche d’un paquebot de croisière, dans les mines de cobalt ou les fabriques de pièces d’I-phone?

Est-elle hors d’atteinte, cette étoile de sur terre ?

Faudrait-il chercher l’étoile juste à côté de chez soi, le long d’un trottoir, devant la poste ou même dedans, sous les rayons à la Migros, au cœur de la tulipe urbaine, entre la piste cyclable et le 4×4, derrière l’école ? A la bibliothèque, chez la voisine, au bar du coin, à la maison de quartier, au théâtre de marionnettes, dans l’atelier de l’artiste, chez le cordonnier?

Est-elle hors d’atteinte, cette étoile de sur terre?

Faudrait-il chercher l’étoile seul, sur le chemin de Compostelle, sur les sentiers de la gloire, sur Hollywood Boulevard, à genoux dans une chapelle, au bout d’un jeûne de quarante jours, au désert, en quittant tout, à la fin d’un Ultra-triathlon, par une nomination, sur la scène de l’Olympia, être le dernier sur l’île dans Fortnite, derrière un placard, dans une barque sur le lac, au plus profond de son vide le plus intime?

Hors d’atteinte, cette étoile de sur terre ? Même avec une épuisette, un filet, une canne à pêche ? Ou juste tendre la main.

L’étoile est sur le chemin de l’école de la fille de la cueilleuse de thé, l’étoile est dans le regard échangé avec la caissière de la Coop qui est n’est pas encore robotisée, l’étoile est bien dans la tulipe urbaine, l’étoile est dans une bière partagée sous un tilleul, l’étoile est Charlie, l’étoile est une pomme accrochée à un sapin, l’étoile est dans un mot repêché, l’étoile est dans les interstices, l’étoile est entre la virgule et le mot, l’étoile est comme, suivant Gustave Roud qui traduit Novalis, comme le paradis dispersé sur terre en morceaux et c’est au poète de les rassembler, l’étoile est dans les éclats de lumière que sont les moments de grâce, l’étoile, boussole au ciel, oui est bien aussi sur terre selon la direction de chacun, sextant d’espérance, sinon tout cela ne sert à rien, et je crois que tout cela sert, au moins un peu, au moins plus qu’un peu.

Anouk, novembre 2018

 

Découvrir des archives en maillot de bain

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Par Anouk Dunant Gonzenbach

Présenter des archives à un public en maillot de bain, ça, c’est fait ! Et pas n’importe lesquelles, les documents relatifs à la Réforme à Genève datant de 1536 ! Histoire d’une belle aventure, décidément, je l’aime, cette profession :

En 2017, l’Europe a fêté les 500 ans de la protestation de Martin Luther contre les indulgences (octobre 1517). Les Archives d’Etat de Genève ne pouvaient pas passer à côté de ces commémorations, même s’il ne s’est pas vraiment passé quelque chose dans notre cité avant le début des années 1530. Nous étions de plus en plein projet de numérisation et de restauration des archives de l’Eglise protestante de Genève. Deux bonnes raisons pour préparer une exposition sur le sujet. Nous avons réuni alors un collectif d’historiens et avons choisi ensemble d’illustrer non pas la vie de grands hommes (autrement dit de ne pas axer le tout sur Calvin) mais la vie des gens, et de montrer que l’agitation religieuse émane d’une mobilisation collective et pas de la volonté d’un réformateur.

En d’autres mots, montrer comment les Genevois ont été acteurs de la Réforme et l’ont vécue dans leur quotidien. D’où le titre : « Côté chaire, côté rue. La Réforme à Genève 1517-1617 » (vous l’aurez remarqué, on triche avec cette date de 1517, mais c’est plus clair pour s’inscrire dans le contexte 2017).

Cette exposition a abordé le sujet par différents thèmes : les enfants, les femmes, les chants, l’espace public, etc. et a montré comment les archives se font l’écho de l’activisme, des résistances ou de l’adaptation des acteurs, et soulignent les changements réels ou mythifiés de la Réforme. D’ailleurs, la Réforme a été proclamée avant l’arrivée de Calvin à Genève, par exemple.

Cette expo, accompagnée par un site sous forme de storymap (voir ici),  a eu un grand succès (en toute objectivité) et de nombreuses visites guidées ont eu lieu.

Vers la fin de cette année 2017, un ami pasteur (Jean-Michel Perret, qui vient de créer un ministère pionnier « sans le seuil » proposant en complément de l’offre traditionnelle de l’Eglise des événements décalés dans l’espace public), m’a fait une constatation certes polie mais en substance son message était le suivant : « elle est bien ton expo, mais si tu veux que les gens la voient il faut la mettre dans le rue et pas seulement dans la ville haute ». Voyant venir les nuits blanches de travail pour réaliser un tel projet, je l’ai envoyé sur les roses.

Pas pour longtemps, car son intuition une fois de plus était juste. Allons-y carrément, pourquoi ne pas « Rendre la Réforme aux Genevois » et le patrimoine qui leur appartient dans l’endroit fréquenté et populaire que sont les Bains des Pâquis ?

Les Bains des Pâquis  à Genève, c’est comme le jet d’eau et l’horloge fleurie, un lieu phare, sauf que ça vit. Et à l’entrée, il y a un mur sur lequel tourne une fois par mois une nouvelle exposition. Parfait. Ne reste plus qu’à trouver le budget, adapter l’expo de base et refaire les textes, un nouveau graphisme, convaincre la commission culturelle des Bains qu’il s’agit d’histoire et non de prosélytisme et trouver un sens juste à ce projet.

Pour le budget, nous remercions trois fondations privées genevoises. Pour l’adaptation de l’expo de base, les historiens ont été d’accord pour la réutilisation et la relecture des textes. La commission culturelle des Bains est géniale. Pour le sens, Jean Stern, artiste,  a choisi de « prendre les documents d’archives par la main ». Il a transporté fictivement les documents d’archives dans les espaces qu’ils convoquent pour que ces documents puissent trouver un pouvoir d’évocation et une présence dans notre aujourd’hui. Le titre de cette nouvelle exposition en découle : « Côté chaire, côté rue, côté sens. Rendre la Réforme aux Genevois».

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Alors voilà, une exposition qui rend la Réforme aux Genevois d’aujourd’hui, la met à portée de tous et casse plein de clichés (ben oui, les Genevois n’ont pas filé si droit que cela) dans un lieu décalé pour un tel sujet, ohmondieu, des registres d’église et des procès-verbaux du Conseil de 1536 sur les murs des Bains !

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Pour le vernissage, une nouvelle intuition : nous avons contacté Xavier Michel, le chanteur du groupe Aliose, qui avait effectué son mémoire de licence en histoire sur le théâtre pendant la Réforme. Belle rencontre. Il nous a donné un coup de main pour les textes, et Aliose est venu donner un concert pendant la soirée de vernissage, en pleine bise mais dans une lumière sublime. Notre collectif d’historien a réussi à faire paraître pour cette même soirée l’ouvrage issu de l’exposition aux Archives «Côté chaire, côté rue. L’impact de la Réforme sur la vie quotidienne à Genève (1517-1617)», aux éditions La Baconnière.

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Nos 17 panneaux ont été exposés pendant un mois et nous avons proposé quatre visites guidées. Ainsi, j’ai eu le plaisir, la jubilation même, de parler archives et Réforme en plein air devant un public parfois en maillot de bain, et je n’en reviens jamais mais la magie opère à chaque coup.

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On peut transmettre notre passion pour les documents anciens partout (il faut dire qu’à Genève nous avons des sources exceptionnelles et exceptionnellement complètes car elles n’ont subi aucune destruction, mais je ne vais pas vous saouler ici pendant trois pages sur ces documents d’exception).

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Photo: Jean Stern

Même une fois, un orage a éclaté au milieu de la visite, alors on l’a continuée dans la cabane à fondue, sans support, sans photos, sans rien, et rien suffisait, et les Bains nous ont servi une fondue que nous avons mangée ensemble, personne ne se connaissait, mais on a parlé une bonne partie de la soirée.

Je suis archiviste et j’aime mon métier, je vous l’ai déjà dit ?

Le monde prend l’eau de toutes parts et nous, on vend des armes comme d’habitude mais en mieux

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par Anouk Dunant Gonzenbach

Fin de printemps 2018. Le conseiller fédéral dernier élu en date voit comme un avantage les exportations d’armes vers les pays en guerre civile. Jusqu’à aujourd’hui, la majorité de notre gouvernement faisait bloc. Et là, ça se renverse.

Résultat : exporter du matériel de guerre dans des pays en conflit civil devient possible. Mais comme en Suisse on prend ses précautions, on soigne les apparences, on place un nain de jardin sur le bout d’herbe qui dépasse, un bateau blanc sur un lac bleu, on passe à la broyeuse les archives compromettantes, on va s’assurer qu’il n’y aura qu’un faible risque que le matériel vendu soit utilisé dans l’objectif pour lequel il a été fabriqué.

Le monde prend l’eau de toutes parts, les enfants mexicains sont enlevés à leur parents à la frontière étasunienne, les état se battent pour ne pas accueillir les bateaux Aquarius, les hauts commissaires aux droits de l’homme ne tiennent pas le coup plus d’un mandat, les Rohingyas sont toujours massacrés, et la Suisse étend la vente des armes.

En toute hypocrisie diplomatique. Une auréole au-dessus du Palais fédéral. Une franche poignée de main virile qui tue.

Cette fois, on ne pourra pas dire, cinquante ans plus tard, qu’on ne savait pas.

Qu’on accueille des réfugiés qui racontent leurs souffrances, venus de conflits négligés par la presse dans l’indifférence générale, qu’on ne croit pas lorsqu’ils affirment être en danger, et qu’on vend des vieux chars qui par divers détours approvisionneront ces mêmes conflits et contribueront à créer plus de morts et de réfugiés, une boucle pas stoppée, aucun intérêt de l’arrêter tant que ça enrichit, alors c’est bien mieux de prolonger les conflits. Lire le livre de Martin Sutter, le Cuisinier. Auréole de lingots d’or au dessus du Palais fédéral.

Cinquante ans plus tard, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Qu’on ne savait pas que des enfants allaient se tirer dessus, otages de deux armées adverses, des enfants qui n’auront jamais 12 ans.

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas que, que, … Commencer une liste à la Prévert ? Non.

Le monde prend l’eau de toutes parts, et dans ce pays, dans mon pays, en quelques lignes, on va encore plus y contribuer. Entre huit bouteilles de champagne dans un hôtel de luxe de Saint-Moritz, la messe est souvent dite, entre capitaines et leurs états-majors économiques, on aide à s’entre-tuer.

La Suisse vend des armes. Règne de l’économie, hypocrisie. Tradition humanitaire. Sur la croix blanche sur fond rouge, sur la croix rouge sur fond blanc, des enfants soldats morts. La Suisse continue à vendre des armes, mais désormais en mieux. Continuons à regarder le mondial de foot.

Salutations Monsieur Cassis.

Petit texte sans lien direct avec les archives, sujet de ce blog, quoique… on aura besoin d’archives, plus tard, pour faire l’histoire de tout cela. Mais là, on est bien dans le présent, malgré l’éclairage d’hier, pour quel demain.

Un hackathon sans écran, c’est aussi ça, Open Geneva. Un temps pour se connecter, un temps pour se déconnecter. Spiritualité et gospel

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par Anouk Dunant Gonzenbach

Les hackathons, j’étais enthousiaste, puis j’ai eu un moment de doute, puis une grande bouffée d’espérance, voir mes deux billets précédents. En tant qu’archiviste au chignon déstructuré, on ne peut pas passer à côté, et plus que cela, c’est même bien de ne pas rester coté mais de participer. A la réflexion, au partage de jeux de données, à l’échange d’expérience, sous quelque forme que ce soit. Et d’être en lien avec ce festival qui a lieu chaque année à Genève en avril, Open Geneva. Open Geneva ?

Open Geneva, je les cite, a pour but de promouvoir l’innovation ouverte dans un esprit de partage des connaissances pour le bien commun. Les domaines d’innovation ouverte particulièrement visés sont les arts, les sciences, les innovations technologiques et sociales, sur le territoire du bassin de vie lémanique.

Open Geneva été créé en 2015 par le Geneva Creativity Center pour promouvoir l’innovation ouverte afin d’améliorer la qualité de vie à Genève. Lors de la première édition, plusieurs équipes d’étudiants ont travaillé durant deux week-end sur des projets scientifiques et des innovations sociales et techniques liées à l’énergie, la santé, la mobilité. L’édition 2016 a élargi le profil de ses participants et s’est concentrée sur la santé, en collaboration étroite avec les  Hôpitaux Universitaires de Genève.

En 2017, Open Geneva est devenu un Festival de Hackathons et plus de 21 initiatives ont vu le jour, impliquant des écoles et centres de recherches, administrations et entreprises, structures publiques et privées. En 2018, ça a continué, plus de 30 hackathons ont eu lieu à Genève du 9 au 15 avril.

Cette année, les Archives d’Etat de Genève n’ont pas participé à un hackathon mais ont organisé quelques jours auparavant, dans le cadre du festival Histoire et Cité, le 23 mars 2018, une table ronde intitulée : « Le rêve numérique face aux sources archivistiques », lors de laquelle il nous a paru important d’aborder les questions suivantes : Comment mettre en œuvre les beaux principes d’accès aux documents que défendent les institutions d’archives? Quelles sont les ressources à disposition? Que faire avec la masse des images numérisées? Il s’agissait de questionner l’écart entre les perspectives offertes par le progrès numérique et la réalité matérielle des centres d’archives. Les intervenants suivants ont pris la parole, Jacques Berchtold (directeur de la Fondation Bodmer),  Pierre Flückiger (Archiviste d’Etat), François Grey (professeur à l’Université de Genève),  Lorenzo Tomasin (professeur à l’Université de Lausanne), sous la modération de Enrico Natale (directeur de Infoclio.ch) .

Mais là, il n’est pas que questions d’archives. De liens en discussions avec les organisateurs d’Open Geneva, de réunions préparatoires entre geeks, universitaires, professeurs, chercheurs et humanistes numériques en échanges passionnés fut une fois abordée un matin de cet hiver qui n’en finissait pas la constatation inéluctable du temps à disposition, de la numérisation de masse face à la période incompressible nécessaire à l’analyse des données, de la fuite en avant, de l’accélération de tout, de notre perplexité, de l’avenir, bref quasi du sens de la vie.

Nous nous sommes tous retrouvés autour de la table d’une salle de réunion en haut de la tour de la RTS en train de débattre de ce problème de société et quelqu’un a presque hurlé, en fait, il faut un hackathon yoga. Un stop. Un recentrage. Et pourquoi pas de la spiritualité là au milieu ? Nous avons tous pris cela très au sérieux. Nous nous sommes arrêtés. Oui, que de sens à proposer un tel atelier.

En face de l’Université, il y a un temple. Au sein de l’Université, des aumôniers. Alors,

Et si on mettait de la spiritualité dans le numérique ? Un temps pour se connecter, et un temps pour se déconnecter. Le chant gospel comme reconnexion avec soi-même et les autres.

Et ça a lieu. Un atelier sans écran, la connexion avec soi-même et les autres.

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Deux heures de chant entre plusieurs hackathons, des tas de notes notes parmi des tonnes de bits, laisser courir les doigts sur le piano, suivre la partition et laisser le clavier, transdisciplinarité à plusieurs voix, let it shine.

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Ce moment a toute sa place ici. Un grand sens.

Et de nouvelles connexions. Je continue à croire aux hackahtons, sous toutes les formes que ce soit, parce que c’est ouvert. Comme les données. Comme les gens.

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Restitution des posters lors du hackshow du dimanche au nouveau campus HEAD

Records in Context, nouvelle mouture des normes de description archivistique du Conseil International des Archives. En théorie et en pratique

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Retour sur la séance du forum des archivistes genevois par Emmanuel Ducry et Anouk Dunant Gonzenbach

Le forum des archivistes genevois a présenté le 11 septembre 2017 une séance consacrée à la norme « Records in Context » (RIC). Dans une première partie, Jean-Daniel Zeller a rappelé les principes de cette norme.

Records in Context – RIC

RIC est une nouvelle norme archivistique regroupant les normes ISAD-G, ISAAR, ISAF et ISDIAH.

Elle émane du groupe d’experts EGAD (Expert Group on Archival Description), mandaté en 2012 par le comité international des archives (ICA) pour fusionner ces quatre normes.  Pour rappel :

– ISAD-G (General International Standard Archival Description) a pour objet la description des fonds;
– ISAAR (CPF) (International Standard Archival Authority Records-Corporate Bodies, Persons, and Families) a pour objet la description des producteurs;
– ISDF (International Standard for Describing Functions) a pour objet la description des fonctions;
– ISDIAH (International Standard for Describing Institutions with Archival Holdings) a pour objet la description des services conservant les fonds.

La norme qui a résulté des travaux de l’EGAD porte le nom de Records in Context (RiC).

Deux éléments se cachent sous ce terme:
– un modèle conceptuel (la norme) : Record in Context Conceptual Model (RiC-CM),
– une ontologie : Record in Context Ontology (RiC-O), à savoir la grammaire permettant de mettre en pratique le modèle conceptuel.

On peut relever que le travail sur une ontologie montre d’emblée que les réflexions du groupe se placent dans le contexte du web sémantique.

Le groupe EGAD a constaté que si ISAD-G a eu une profonde influence sur la profession au niveau international et qu’ISAAR a connu quelques utilisations ici et là, ISDF et ISDIAH n’ont quant à eux eu aucun écho ou presque. Par conséquent, la manière d’organiser les fonds selon une structure tectonique (fonds, série, sous-série, sous-sous-série, etc.) respectant le principe de provenance reste au cœur du modèle. Ainsi, l’on retrouve dans RiC l’ensemble d’ISAD complété par des éléments provenant d’SAAR, ISDF et ISDIAH.

Toutefois, si l’on y retrouve l’organisation hiérarchique d’ISAD, elle est étendue sous forme d’un réseau. Un élément d’un fonds peut être lié à un autre fonds, une fonction, un producteur, un utilisateur à des droits , et pas forcément le même que celui de l’élément d’à côté. Ce qui veut dire que le modèle permet de rester à une stricte description du type ISAD pour assurer la compatibilité avec l’existant (il faudra cependant traduire les anciens fichiers ISAD dans le nouveaux langage de description), ou de l’enrichir et de le développer pour le faire évoluer vers le réseau.

On trouve dans RIC la volonté de se mettre en phase avec les professions qui nous entourent et que cette norme soit utilisable par les archivistes et les Record Manager, une collaboration rendue de plus en plus nécessaire par l’archivage électronique. Les exigences de l’archivage électronique sont donc aussi un élément fondamental pris en compte dans cette révision. On trouve également la volonté de faciliter l’interface avec les normes existant dans les autres institutions patrimoniales telles que les bibliothèques ou les musées de façon à faciliter les échanges de données, les développements informatiques, etc. S’il n’est pas possible d’être totalement cohérent avec l’univers des bibliothécaires (FRBR) qui utilise une autre logique, il y a des éléments, comme les descriptions d’auteurs, qu’il est possible de partager.

Enfin, si les RiC sont prévus pour gérer la masse de données issues de l’archivage électronique, ils sont aussi pensés pour pouvoir être utilisés pour des descriptions très détaillées d’une pièce ou des archives d’un individu. Par-là, il y a une volonté d’ouvrir la norme vers les utilisateurs des archives pour des utilisations autres que proprement archivistiques.

En résumé il y a une volonté d’intégrer l’ensemble des normes archivistiques existantes et de faciliter la connexion de cette norme avec des contextes d’utilisation et des normes voisines qui peuvent être utilisées dans les musées, les bibliothèques ou par les chercheurs.

Actuellement, la norme RIC est un draft en consultation; l’ontologie qui permettra son utilisation n’est pas terminée.

Le Matterhorn RDF Data Model : implémentation des modèles d’information OAIS et RiC dans le cadre des technologies sémantiques

La seconde partie de la séance a été consacrée à la présentation par Alain Dubois, Archiviste d’Etat du canton du Valais et Tobias Wildi, Direction de Docuteam, de la transformation de leur Matterhorn Mets Profile dans une forme adaptée au web sémantique, le Matterhorn RDF Data Motel. Une forme parallèle au RIC en somme, puisque ce dernier n’est pas encore finalisé. (Le Matterhon Mets Profile est un modèle de boîte électronique qui a pour principal intérêt d’être basé sur un emboîtement de modèle de métadonnée (METS + PREMIS + ISAD) souvent utilisé au niveau international.) Le powerpoint de la présentation se trouve ici.

Cette séance du forum a remporté un grand succès car, au-delà des frontières cantonales, elle a réuni une cinquantaine d’archivistes genevois, vaudois, neuchâtelois et bernois. On constate donc le grand intérêt pour notre profession à se tenir au courant des derniers développements. En revanche, on ressent une certaine peur devant la complexité de l’affaire.

Nous nous faisons la réflexion que si tout le monde sent que le web sémantique est l’avenir, il s’agit plus du web d’après-demain que de demain. En effet, le web de demain, c’est le Linked Open Data (LOD), ou web des données.