Le présent d'hier et de demain

Réflexions sur les archives et surtout l'archivistique à l'ère du numérique (et parfois même un peu de poésie) – Anouk Dunant Gonzenbach

« Dévoiler les archives de la surveillance »

Par Anouk Dunant Gonzenbach

«Dévoiler les archives de la surveillance», voilà le nom que nous avons donné à un événement scientifique en mai 2024 et on est très fiers de ce titre très accrocheur voire glamour en plein dans l’air du temps. Intemporel, et temporel. Parce qu’il a été question de présenter un projet très complet -autant du côté historique qu’archivistique- relatif au Consistoire genevois au 16e siècle et plus largement aux archives du Consistoire et de la Compagnie des pasteurs du 16e au 20e siècle.

Ces documents sont conservés aux Archives d’État de Genève et rayonnent internationalement (check, buzzword inséré). Le projet en question va de leur restauration, numérisation et préservation à leur édition, mise en ligne, transcription (sans IA dans ce cas) en passant par l’accessibilité des données de la recherche. Tout cela donne accès de manière renouvelée aux sources de l’histoire de Genève et des formes de surveillance instaurées à l’époque moderne.

Toutes les facettes historiques, éditoriales, archivistiques et numériques nées de ces fonds ont été présentées lors de cet événement «Dévoiler les archives de la surveillance»   (je remets le titre, il est trop bien) qui s’est tenu le 21 mai 2024 aux Archives d’État de Genève (quel choix de date, puisque c’est le 21 mai 1536 que la Réforme a été adoptée à Genève par le Conseil général).

Reportage sur Léman Bleu, 21 mai 2024

Les actes de ce colloque viennent de paraitre dans le numéro 48 du Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de Genève. Cela constitue le résultat de plusieurs décennies de recherches sur l’histoire du contrôle social exercé au sein des sociétés protestantes réformées de la première modernité et de la conservation de ces documents.  En voilà un petit teaser. Du point de vue de l’archiviste. 

Les archives du Consistoire et de la Compagnie des pasteurs, c’est quoi ?

Les archives de l’Église protestante de Genève (EPG) sont conservées aux Archives d’État de Genève (AEG) ; elles couvrent une période allant de 1542 au début du 20e  siècle. Elles sont constituées de deux fonds principaux : les archives du Consistoire et les archives de la Compagnie des pasteurs, deux nouveaux organes institués sous l’égide de Jean Calvin en 1541.

Le Consistoire réunit douze pasteurs et douze membres du gouvernement. Il est chargé de surveiller les comportements des particuliers, de corriger les pratiques et les croyances déviantes, d’arbitrer les conflits entre particuliers et d’obtenir leur amendement en cas d’indiscipline. Cette sorte de tribunal des mœurs et tribunal matrimonial ne peut toutefois prononcer que des peines ecclésiastiques, soit la privation de la cène ou l’obligation de réparer publiquement ses péchés. Dans les cas entraînant une sanction pénale, le coupable est déféré au Petit Conseil (le gouvernement de Genève, soit en gros l’ancêtre de notre Conseil d’État actuel).

Pour sa part, la Compagnie des pasteurs regroupe l’ensemble des ministres de Genève, aussi bien ceux de la ville que ceux de la campagne. Ses principales compétences sont la doctrine et l’enseignement. Elle veille notamment à l’orthodoxie de ses membres, régit le culte, présente aux autorités les futurs ministres et enseignants, organise la charité, contrôle les imprimés et entretient des rapports avec les autres Églises réformées.

Qui dit nouveaux organes, dit production de documents. Dont les procès-verbaux des séances de ces deux organes, qui offrent un matériel d’étude d’une grande diversité, éclairant l’histoire religieuse (une source irremplaçable pour l’histoire de la Réformation), mais aussi sociale de Genève (une source irremplaçable pour l’histoire de Genève). Ces deux séries sont la colonne vertébrale de ces fonds.

Une mine d’or, donc, très consultée au niveau international, et surtout aux États-Unis.

Archives du pouvoir ?

A ce stade, un petit pas en arrière. Ces documents ont été produits, oui, par les organes au pouvoir. En bonne archiviste post-moderniste, il faut bien contextualiser cela. Mais ce qui est intéressant, c’est que ces documents cassent les codes. En effet, selon le cliché, le rouleau compresseur de la Réforme a complètement mis Genève au pas, tout le monde filait droit et pour des siècles la cité a été un modèle d’obéissance et d’austérité.

Et bien pas du tout, et ça on le sait en grande partie grâce aux procès-verbaux des séances du Consistoire, dans lesquels se déroulent à la suite toutes les infractions commises. A peu près toute la population passe au fil des jours devant le Consistoire pour avoir joué, dansé, porté des chausses trop hautes, bu, paillardé, festoyé. C’est la Genève à fleur de rue dans sa vie quotidienne qui émerge de ces procès-verbaux, à laquelle nous n’aurions pas accès sans ces documents.

Restauration, numérisation et mise en valeur

Ces documents sont donc conservés depuis 1937 aux Archives d’État de Genève (AEG). C’est un trésor patrimonial, car la série des procès-verbaux du Consistoire est l’une des plus complètes des territoires réformés, avec celle de Nîmes. Et donc, comme vous l’aurez compris, ils sont une mine d’or pour la recherche, ils ont été et sont très consultés. En conséquence, souvent manipulés, ils sont devenus abîmés. Il fallait donc les restaurer. Ce qu’on pourrait considérer comme un coup de chance, c’est que ce fonds avait été versé comme un dépôt (et non un don) de l’Église protestante de Genève (EPG), et que la convention datant du milieu du 20e siècle prévoyait que leur entretien n’incombait pas à l’Etat de Genève mais à l’EPG. En 2009, les AEG et l’EPG se sont souciées de concert de la préservation du fonds, et l’EPG a créé une association pour trouver de l’argent afin de restaurer et numériser ces documents. En 2013, un projet de restauration et numérisation de ce fonds a pu être lancé.

Restauration

Tout a commencé par une Politique de restauration posant un cadre théorique et pratique clair permettant une harmonisation des approches et des pratiques (il faut préciser qu’aux AEG il n’y a pas de postes fixes de restaurateurices, qui sont engagés au mandat et travaillent dans l’atelier de restauration des AEG). A noter que ces documents sont particulièrement concernés par la problématique des encres ferrogalliques. Sept ans plus tard, cette campagne a touché à sa fin.

Numérisation

Pour la numérisation, c’est la première fois que les AEG s’adressaient à un mandataire externe (nous scannions tout en interne jusque-là). Il a fallu se pencher sur la question des métadonnées d’identification et d’accès (nous étions en 2013, ce n’était pas si évident). Je me rappellerai toujours quand pour la première fois j’ai vu «mes» registres être embarqués dans un véhicule pour être numérisés ailleurs, c’est tout juste si la boule au ventre n’était pas aussi grande que quand mes enfants sont partis pour la première fois en camp d’été. Tout s’est bien passé, et les images des registres ont été mises en ligne sur Adhémar, la base de données des AEG. Depuis, les registres originaux ne sont plus consultables, sauf exception.

Expositions

S’en est suivi par un bon concours de calendrier (2017, année de la commémoration des 500ans de la Réforme) une exposition sur ce sujet dans notre institution puis hors les murs, aux Bains des Pâquis (voir mon billet «découvrir des archives en maillot de bain» ). Et un ouvrage issu de l’exposition paru aux éditions Baconnière en 2018 sous le titre «Côté chaire, côté rue. L’impact de la Réforme sur la vie quotidienne à Genève».

Ce résumé est très résumé. Cliquer ici pour le rapport complet de ce projet de restauration, préservation, numérisation et mise en valeur de ce fonds, avec des photos et cliquer ici pour lire mon article à ce sujet paru dans le Bulletin de la SHAG.

Transcription et édition scientifique des registres du Consistoire à l’époque de Calvin

Un ambitieux projet de transcription et d’édition critique des 21 volumes de registres de procès-verbaux à l’époque de Calvin a été initié en 1987 par le professeur Robert Kingdon (1927-2010) aux Etats-Unis, à l’université du Wisconsin. En 2008, ce projet a été repris par le professeur Jeffrey R. Watt et son épouse Isabella Watt à l’Université du Mississippi. Les textes ont ainsi été transcrits (il faut une patience inébranlable de paléographe pour ces registres du 16e siècle), annotés, indexés puis publiés aux Éditions Droz à Genève. La publication de ces épais et érudits volumes rouges, que cette équipe a réalisée en français, est reconnue comme constituant un travail de référence en matière d’édition scientifique. Entre 1987 et 2020, 16 volumes ont paru. Exclusivement financée par des fonds américains alors que cette entreprise concerne éminemment l’histoire genevoise, le projet s’est retrouvé en péril à la fin 2019, les fonds étant taris.

Une rencontre chez l’Père Glôzu

Et là, un truc de dingue, une rencontre improbable se produit. Le 13 mars 2020, le fameux vendredi où l’on savait que l’on buvait un verre pour la dernière fois dans un lieu public, dans cette ambiance surréaliste de début de Covid à Genève, le couple Watt est en séjour dans notre ville à l’occasion d’une rencontre à l’Institut d’Histoire de la Réformation. En fin de journée, il retrouve au café de l’Hôtel-de-Ville (surnommé par tout Genève «chez le père Glôzu») le professeur Christian Grosse, directeur de l’institut d’histoire et anthropologie des religions à l’Université de Lausanne, spécialiste des Consistoires romands et ami des Watt.

A leur table, ça parle sec de consistoire et de Calvin. Deux tables plus loin, Michaël Flaks, ancien directeur général de l’Intérieur au Département présidentiel et chargé de liaison avec les AEG, qui avait œuvré à ce titre à la restitution d’un mandat de Calvin volé au 19e siècle puis réapparu dans une vente aux enchères, dresse l’oreille. Tout ce monde s’interpelle puis se présente. J’arrive à ce moment-là dans le café avec Pierre Flückiger, directeur des Archives d’État (dont je suis l’adjointe), histoire de profiter de la dernière soirée en lieu public. On ajoute des chaises et des bières. Et on décide, sur un coin de table, de monter une association pour trouver des sous afin que les Watt puissent continuer l’édition des registres du Consistoire, avec un financement depuis Genève.

L’association Ge 16e

Ce qui sera fait, grâce à l’association Ge 16e, qui outre les personnes déjà citées ci-dessus réunit dans son comité également Pierre-Alain Friedli (ancien mémorialiste du CICR), Valérie Chausse (ancienne directrice à l’Église Protestante de Genève), Pierre Martin-Achard (avocat) et Anne-Laure Godefroy (administratrice). Dans la foulée, on prévoit d’ajouter au projet le rachat des droits sur les recueils édités sous forme papier afin de les publier en PDF sur la base de données Adhémar. On en trouve le financement auprès de donateurs. Ce n’est peut-être pas encore la totale expérience humanité numérique de la mort, mais désormais la base archivistique en ligne (Adhémar donc) donne accès à la description d’un registre, sa numérisation et sa transcription éditée complète avec OCR. C’est pas mal, quand-même.

Découvrir la Genève du 16e siècle à travers une base de données en ligne unique

Pendant trente ans, Jeff et Isabella Watt ont utilisé et alimenté une base de données interne comme outil de travail pour l’édition des registres du Consistoire. Ils l’alimentent encore, d’ailleurs. Ils y ont réuni les données relatives à tous les individus accusés, témoins, membres du Consistoire et magistrats, des informations sur certains bâtiments, quartiers et hôtelleries ainsi que des renseignements liés aux fêtes, aux pratiques religieuses et sociales ainsi qu’aux institutions comme les écoles ou hôpitaux.

En d’autres mots, comme à peu de choses près tout le monde passait devant le Consistoire pour divers motifs, cette base de données réunit des informations sur toute la population de la Genève du milieu du 16e siècle.

Cette base a été hébergée pendant des années par l’Université du Mississippi, à usage interne. En 2020, avec générosité, Isabella et Jeff Watt ont décidé de l’ouvrir au public, offrant ainsi les données de leurs recherches. Dans la foulée du projet démarré le fameux soir de la rencontre chez l’Père Glôzu, on prévoit un budget pour développer une interface conviviale pour donner un accès en ligne depuis le site des Archives d’État. C’est chose faite. On y trouve aussi un glossaire détaillé de plus de 3’000 entrées pour comprendre le vocabulaire de l’époque, un répertoire de plus de 400 toponymes pour localiser les lieux cités et une riche bibliographie. 

La base de données de la Genève du 16e siècle, ce formidable outil mis à la disposition du public pour qui s’intéresse à la Genève du 16e siècle est disponible depuis le site des AEG.

Inventaire exhaustif des registres des consistoires francophones de Suisse et de France

Comme, il faut bien le reconnaitre, tout ne se passe pas à Genève ou alors à Genève il ne se passe pas tout, et qu’il est devenu important de se donner les moyens de documenter « la pluralité des procédures, des moyens d’accompagnement, de correction et de répression mis en place par la multitude des consistoire locaux », au début du 21e siècle des chercheurs ont commencé à inventorier les registres de ces institutions en France, puis dès 2011 en Suisse romande par une équipe sous la direction du professeur Christian Grosse, auquel revient la citation ci-dessus.

Cette équipe a identifié et décrit près de 700 registres et plus de 130 recueils de pièces diverses provenant de 173 consistoires romands différents, ce qui a permis d’ouvrir les recherches et d’établir de nouvelles découvertes. Ces inventaires français et suisse romand ont aussi éclairé d’une nouvelle lumière le paysage archivistique dans lequel s’inscrit la conservation des registres consistoriaux.

Pour rendre ce catalogue des sources consistoriales accessible plus largement, la base de données consistoires.unil.ch a pu voir le jour en 2024. Le site et tout le travail mené en amont est décrit dans l’article de Christian Grosse qui a mené tout le projet : «Documenter la diversité des consistoires. Un inventaire exhaustif des registres francophones de Suisse et de France et sa version numérique : consistoire.unil.ch.»

Et la suite ?

Le travail d’édition de ces sources a débuté en 1987, l’équipe de chercheurs travaillant sur des microfilms fournis par les AEG. En 2013, grâce à la mise en ligne des registres numérisés, la transcription a continué directement sur ces images. L’édition scientifique, publiée sous forme papier, a pu être également mise à disposition sur la base de données des AEG.

Un matériel formidable est réuni et à disposition : les images sources, les transcriptions rigoureuses avec OCR, les annotations scientifiques. Ah, si les jours et les nuits pouvaient se multiplier par deux ou par dix pour exploiter tout cela dans un projet d’humanités numériques…

21 janvier 2026

Le Corps Archive. Un film né de la rencontre entre documents historiques, danseuses et archivistes

Par Anouk Dunant Gonzenbach

«Les archives permettent de raviver des mémoires. Le corps, lui, a de toute façon mémorisé».

Le Corps Archive, un film réalisé par Robin Harsch d’après une proposition chorégraphique de Manon Hotte. A première vue, il peut sembler étrange d’allier corps, archive et danse. Alors pourquoi ce film ?

En 2022, l’association des archivistes suisses (AAS) a fêté son centième anniversaire. Plusieurs événements ont rythmé cette année, par exemple des journées portes ouvertes, la promenade d’une boite d’archives à travers la Suisse ou la diffusion d’un timbre-poste. En plus de tout cela, l’association a invité pour cette anniversaire la chorégraphe Manon Hotte à créer une œuvre posant une réflexion sur la manière dont les archives peuvent être utilisées ou archivées autrement.

Pourquoi Manon Hotte ? La caractéristique du travail de Manon est la création interdisciplinaire performative, plus spécifiquement avec les enfants et adolescents danseurs, avec lesquels elle a réalisé plus de trente créations. Ces dernières années, elle s’intéresse plus particulièrement à la création initiée par des documents d’archives et par l’écriture, et nous travaillons ensemble, avec les Archives d’Etat, depuis plusieurs années sur ce sujet (voir ici le projet Création, semis et palabres).

Manon a ainsi créé une œuvre chorégraphique à partir de la rencontre entre danse et archives. Elle a fait appel à une ancienne élève, Élodie Aubonney, aujourd’hui danseuse-chorégraphe.  Ensemble elles ont abordé le corps archive, un corps dont chaque pli a été sculpté par l’histoire de toutes les productions dansées et par sa propre histoire. La rencontre avec deux archivistes des Archives d’Etat leur a permis de se confronter aux histoires tout aussi personnelles contenues dans les documents des Archives d’Etat de Genève. De ces rencontres sont nées des danses abordant des questions de maternité, d’identité, de transmission, de vie et de finitude.

Tout ce processus a été suivi et filmé par Robin Harsch. Robin, réalisateur genevois bien connu, qui a réalisé plusieurs court-métrages de fiction et de télévision dont Federer et moi en 2006 qui a remporté le prix du meilleur court-métrage suisse. Il a beaucoup travaillé avec Manon Hotte et mené plusieurs ateliers de réalisation, notamment avec des jeunes danseuses et danseurs.

Pour les Archives d’Etat, mener de tels projet est dans la logique de nos réflexions. En effet, cette démarche s’inscrit dans l’actualité archivistique actuelle, notamment dans une nouvelle conception de l’exploitation des archives qui est celle de l’usage qu’une société fait de ses documents. La profession s’interroge actuellement, notamment dans le milieu académique archivistique, sur la matérialité des archives, l’émotion qu’elles transmettent et à partir de là la manière de repenser l’objet archivistique. La proposition artistique « Le Corps Archive » s’inscrit donc en continuité directe avec cette prise en considération du contexte dans les processus de production, de gestion et de diffusion de ce patrimoine. Et de l’émotion, il y en a eu pendant cette aventure.

Pour nous les archivistes, c’est un grand bonheur également de rendre audible et de transmettre autrement les voix de celles et ceux qui sont contenus depuis toujours dans les documents, parce que les archives, c’est la vie des gens, et notre mission est de la conserver.

Le film est visible sur le site de l’AAS

Archive on tour à Genève

Par Anouk Dunant Gonzenbach

En 2022, l’association des archivistes suisses (AAS) fête son 100ème anniversaire. Plusieurs activités sont prévues pour marquer le coup. Et parmi ces activités, Archive on tour : une boîte d’archive qui doit traverser pendant un an les 26 cantons et le Liechtenstein, de Berne à Berne, et qui au fil de son périple se remplira de contenu laissé à l’imagination des institutions d’archives de chaque canton.

Je l’avoue d’emblée, j’étais un peu sceptique sur le concept. Mais pas longtemps. Comme si j’avais pu oublier la créativité et la fantaisie des archivistes ou leur côté facétieux et taquin. Cette boîte part à la mi-février des Archives fédérales pour se rendre en Valais et là, les choses commencent à mousser : reportages sur la télé locale Canal 9 et à la RTS (télévision suisse romande – voir le reportage du 12:45 ici), articles de journaux, relais dans les différentes communes valaisannes, il se passe un truc, ami.e.s archivistes !

Genève est le deuxième canton à accueillir cette boîte. Le forum des archivistes genevois avait lancé un appel à ses membres et mis à disposition un document partagé contenant un planning libre que chaque institution peut compléter. Il faut le rappeler, Genève possède sur son territoire un nombre pharaonique d’archives et d’archivistes au mètre carré, notamment par la présence des archives des organisations internationales et des ONG (voir la carte ici). Et l’agenda de la boîte se remplit, on se demande même un moment s’il y aura assez de demi-journées dans sa semaine de présence ici pour répondre à toutes les demandes.

Le lundi 21 février, Alain Dubois, archiviste cantonal du Valais, amène la boîte aux Archives d’Etat de Genève.

arriveege

Le mardi 22 février un pic-nic d’archivistes s’organise à la Treille. En Suisse, à cette date et depuis 5 jours, les masques sont tombés (sauf dans les transports publics et les établissements médicaux), tout comme le télétravail et l’usage du pass sanitaire. Et là, à cette table de la vieille ville, sur cette promenade historique de la Treille, un moment magique survient : le soleil est là, les archivistes se retrouvent, et nous réalisons alors que c’est la première fois que nous nous réunissons à nouveau, les plaisanteries fusent (private joke à @souslapoussiere), on trinque un coup et c’est un spontané moment de bonheur et de joie que nous vivons.

pic-nic

La boîte passe des Archives d’Etat au Forum des archivistes, puis du Forum des archivistes aux Archives de la fondation Pictet, sous la statue ad hoc. Une lettre de Thomas Jefferson à Marc-Auguste Pictet datée du 5 février 1803 y prend place (coup de chapeau, un fac-similé d’une qualité incroyable).

pictetElle part ensuite aux hôpitaux universitaires genevois (HUG) à vélo. Le mercredi, tout un photoshooting est organisé; un dossier médical archivé prend place dans la boîte (un faux, bien sûr):

hug

hug_2

Le jeudi, à bord d’un deuxième vélo, elle rejoint  le CICR. La boîte y côtoie de lointaines cousines de Tachkent et de Jérusalem, se repose un coup dans les rayons, visite quelques dossiers virtuels du nouveau système de records management du CICR et des photos des riches fonds audiovisuels (lien à ne pas manquer, ce fonds en ligne est un trésor) puis reçoit une copie du premier procès-verbal du comité de secours aux blessés qui deviendra la Croix-Rouge, signé par Henry Dunant le 17 février 1863.

cicr_1cicr_2

Dans le quartier des organisations internationales, elle se rend à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au milieu des archives relatives à l’éradication de la variole:

omsoms_2

Puis au Conseil oecuménique des Eglises (COE) où elle se balade sur un chariot dans la salle de lecture.

coe

Puis elle transplane  pour se rendre à Collonge-Bellerive participer à un projet de gestion documentaire avec le service informatique transversal des communes genevoises. A Genève, on ne recule devant rien! La boîte a désormais son petit nom, Archie, et un grand sourire.

docuteam

La boîte part ensuite à  l’Hospice général qui dépose son logo et un historique de cette institution.

Le jeudi soir, elle se déplace aux Archives contestataires, à bord d’un nouveau vélo. Elle reçoit notamment une copie d’archive syndicale relative au SARCEM, une société de microtechnique (production d’automates à bobiner) basée à Meyrin:  le 2 juin 1976, les travailleuses et travailleurs de SARCEM décident d’occuper leur usine pour empêcher la saisie des machines dans le contexte d’une faillite au sujet de laquelle ils nourrissent de gros doutes. L’occupation durera quatre mois, quatre mois d’une intense activité de mobilisation auteur de leur lutte et de vives tensions avec la Fédération des travailleurs de la métallurgie et de l’horlogerie.

archivcontestvelo

arch_contest

Le vendredi, elle fait un petit tour à la haute école de gestion, filière information documentaire (HEG_id). Le lundi, elle s’y trouve encore au milieu de l’Archilab avec les étudiant.es:

heg

Ce même jour, la passation de la boîte entre la HEG et l’archiviste des Transports publics genevois (TPG) se fait au soleil:

1_tpg_2

Aux TPG, qui fêtent les 160 ans de la ligne de tram 12, la première ligne de tramways d’Europe (et qui est encore en activité!), elle voyage à bord d’un tram historique et du tram rose de Pipilotti Rist. Les TPG ont mis le paquet à l’occasion de Archive on tour. La boîte s’enrichit d’une collection d’anciens billets de bus. Les images sont disponibles sur le post LinkedIn de Cynthia Schneider.

1_tpg

1-tpg3

Ici, on est très fièr.es de la mobilité douce de la boîte.  Qui passe ensuite aux Archives de la Ville de Genève:

tpg_archvgLa boîte s’arrête un coup dans le parc des Bastions, puis reçoit une photo sur laquelle on voit Lise Girardin, la première femme en Suisse conseillère administrative et maire d’une grande ville, en 1967.

1-avg2Mardi matin, elle remonte la colline pour revenir aux Archives d’Etat, d’abord solennellement aux Canons, puis plus récréativement chez le Père Glozu.

1_avg

2_glozu

Et c’est la fin du tour genevois. En fin d’après-midi le mardi, la boîte quitte le canton à vélo. On se retrouve à Morges pour la passation:

2_vaudJ’en remets une, parce qu’on est trop fières, avec Delphine Friedmann, la directrice des archives cantonales vaudoises, de notre rencontre ici, et on aura fait durer le suspens (allions-nous manger un papet? nous retrouver sur les bords de la Versoix?). Et surtout, c’est l’histoire d’une belle amitié, comme on en a le secret dans notre profession.

2_vaud2Y’a même La Télé locale qui est présente (sur la photo, on voit les billets de bus des TPG). On reste une heure avec elle et avec Acacio Calisto, qui a accompagné Delphine. La jeune journaliste nous lance, en repartant: « ça fait du bien de rencontrer des gens enthousiastes! ». Le lien du reportage est ici.

2_vaud3

Pour en savoir plus et pour suivre la suite, n’hésitez pas à visiter Twitter, Facebook et Insta en suivant #archivCH et #archiveontour.

Et surtout, ce que Archive on tour nous permet, c’est de nous retrouver, et de s’émerveiller devant ces amitiés archivistiques, cette amitié archivistique à travers le monde et ce même engagement qui nous lie. J’aime ma profession, et je remets le lien sur le billet que j’avais écrit en 2013 et auquel j’adhère toujours davantage: Archiviste, pourquoi j’aime ma profession.

1er mars 2022

Créations, semis et palabres. Archivage de processus de création

Par Anouk Dunant Gonzenbach

« Archiver le temps présent. Les fabriques alternatives d’archives », tel est le titre de l’édition 2018 des Journées des archives de l’Université de Louvain-la-Neuve. Les Actes de ces journées, édités par Véronique Fillieux, Aurore François et Françoise Hiraux, viennent de paraître aux Presses universitaires de Louvain. A commander ici.

J’ai eu la grande chance de participer à ces Journées ; c’est toujours un grand bonheur d’être accueillis par nos collègues belges ; grâce à elles, quand on arrive à Louvain-la-Neuve, on se sent comme à la maison, et on en repart nourris de la richesse des échanges avec les collègues de toute la francophonie – échanges qui ont lieu autant pendant les conférences qu’autour d’une bière, faut-il le préciser.

Je remercie les éditrices grâce auxquelles mon article sur notre projet d’archivage des processus de création intitulé « Créations, semis et palabres » est désormais publié.

«Créations, semis et palabres. Archivage des processus de création».

Création, semis et palabres est un projet d’archivage artistique, de valorisation et de mise à disposition du fonds de la chorégraphe Manon Hotte, qui constitue un patrimoine de la danse contemporaine genevoise et témoigne du travail spécifique mené avec des professionnels et de très jeunes danseurs. Ce projet développe, en plus d’un archivage traditionnel  des archives vivantes et évolutives en rendant lisibles des processus de création, tout en impliquant la relève artistique, les internautes et le public. Dans le but de permettre une circulation d’idées et de la matière à créer, ce projet, qui nourrit ainsi l’histoire de la création suisse, s’articule en trois formats : les boîtes à création, les tiroirs à semis et la toile à palabres.

Résumé du projet en écriture libre :

Septembre 2010

Je n’ai jamais été sensible à la danse. J’ai toujours cru que les écoles de danse étaient des usines à fabriquer des adolescentes anorexiques et nombrilistes. J’en suis restée aux tutus et lac des Cygnes au Grand Théâtre. Je n’ai jamais pris comme spectatrice le virage de la danse contemporaine. Je préfère l’opéra et le théâtre. Pourtant, j’inscris ma fille de 6 ans à l’Atelier danse Manon Hotte, dit ADMH. Parce que c’est dans le quartier, parce que je souhaite lui faire habiter son corps autant qu’elle habite sa tête, parce que je n’avais jamais eu la chance de vivre cela. Je constate rapidement tout le bienfait qu’elle retire des cours. Manon a créé l’ADMH en 1993. Puis en 1998 la Cie Virevolte qui lui est liée, une troupe de danseurs adolescents. Ses locaux sont installés au sein d’une coopérative dans le quartier de Saint-Jean à Genève. Je vibre d’emblée à la corde de cet atelier.

rouge

Juin 2014

Problèmes financiers liés aux exigences administratives étatiques. L’Atelier ferme. J’ai le cœur brisé. Ma fille a maintenant 10 ans. Je n’avais jamais rien compris à la danse contemporaine mais sans me l’expliquer je suis subjuguée par ce que ces cours ont apporté à ma fille. Par ce que j’ai vécu comme parent bénévole dans les productions. Par la richesse que tout cela nous a apporté. Mes clichés ont disparu sous les mouvements de ces corps. Je ne m’expliquerai que par la suite pourquoi j’ai été tellement touchée par cet enseignement. En ce fichu mois de juin 2014, l’Atelier ferme. La balle rebondit, et le Projet H107 est co-fondé dans le même lieu par Marion Baeriswyl, Aïcha El Fishawy et Manon Hotte. Ensemble, elles imaginent un espace de création contemporaine ouvert aux résidences (les artistes en création peuvent louer le studio de danse pour des durées de une à trois semaines). Manon Hotte évoque à ce moment son souhait d’écrire un livre. Au préalable, elle veut classer toutes les archives de l’Atelier. Je propose mon aide pour ce dernier projet, l’archivage. Je suis une archiviste professionnelle. J’évalue. Je me dis, en deux mercredis ce sera plié, tout en boîte. Manon pourra poursuivre son projet d’écriture.

archivage

Novembre 2014

En deux mercredis tout n’a pas été plié. Parce que Manon a dit, tu sais, la danse cela ne se met pas en boîte comme cela. Nait alors le projet « Création, semis et palabres ». Je découvre pourquoi cet Atelier m’a parlé, quand Manon me dit : « mon objectif premier n’est pas forcément de faire de l’enfant un danseur, mais un citoyen qui sache quoi voter à 18 ans ». Tout s’éclaire: son but est le même que pour le scoutisme qui m’a en grande partie forgée: développer l’enfant puis le jeune dans toutes ses dimensions. Le rendre autonome. Cela m’a toujours parlé et me parle encore. Ce qui s’est passé à l’Atelier, c’est la pédagogie de la création. C’est à dire, voir comment on amène des enfants dès quatre ans à être dans une situation de créateur. L’enfant est accompagné sur le chemin de la création. Il est amené à se poser des questions, observer ce qui l’entoure. A se forger une opinion et transposer cette somme d’expérience en mouvement dansé. Une génération d’enfants et de jeunes formés ainsi. Et maintenant il s’agit d’archiver tout cela. Sans trahir l’enjeu.

Recherche. Tour du monde archivistique complet. Pas d’exemple à disposition. Alors nous développons notre propre système. La « boîte à création », qui doit permettre de découvrir comment a été effectuée une création avec les jeunes. Nous archivons quelque chose d’inédit, nous archivons des processus de création. L’archivage lui-même devient processus de création.

boite_creation

Manon et Nathalie ont peur du mot archives. Pour elles, enfermer des documents dans des boîtes, c’est mettre à mort tout ce qui s’est passé. Les boîtes d’archives qui ferment avec des rubans sont des tombeaux pour mots dont certains auront peut-être la chance d’être lus un jour par un historien poussiéreux. J’appelle à l’aide mon ami Jurg, fabricant de boîtes d’archives. Il nous en réalise en couleurs, sans rubans, mais qui respectent les normes de la conservation. Ce compromis sans compromission fonctionne.

Nos boîtes ne sont pas fermées, ne sont pas là que pour la recherche historique. Elle permettent des semis, elles sont là pour recevoir des traces d’aujourd’hui et de demain. Elles sont là pour permettre la création artistique à partir de leurs témoignages.

boites

Mars 2018

Lancement public du projet. Nous avons archivé quelque chose d’inédit qui reste vivant. La réalisation n’a pas duré deux mercredis mais quatre ans. Le projet continue.(Je précise ici que travaillant à taux partiel à 80%, taux qui était encore plus partiel jusqu’en octobre 2017, j’ai mené ce tout cela sur mon temps privé).

A. Dunant Gonzenbach, « Créations, semis et palabres. Archivage des processus de création et archives vivantes », in Archiver le temps présent. Les fabriques alternatives d’archives, V. Fillieux, A. François, F. Hiraux (Eds), Presses universitaires de Louvain, 2020, pp. 41-62.

Flocons papillons, archives de l’enfance de la CRIEE et Anne Sylvestre

Par Anouk Dunant Gonzenbach

« Flocons, papillons, la fenêtre la fenêtre
Flocons, papillons, la fenêtre est en coton »
Anne Sylvestre

L’hiver est là, Anne Sylvestre n’est plus là, le virus est là, Noël en famille on n’y arrivera pas… Il est temps de donner la parole aux enfants, à l’avenir, aux enfants que nous étions, à ceux qui seront, et sur ce blog évidemment, cela passe par les archives.

Les archives des enfants? Archives de l’enfance?  Voici un billet sur La CRIÉE (communauté de recherche interdisciplinaire sur l’éducation et l’enfance), qui a pour objectif de contribuer à l’histoire de l’éducation et de l’enfance, par des recherches, des publications et des expositions.

La CRIEE
Tout débute en 1988, quand la CRIEE commence à constituer une collection pour sauvegarder le patrimoine scolaire genevois, en rassemblant les « souvenirs d’école et d’enfance » dispersés dans les caves et les greniers des anciens élèves et maîtres, comme il est écrit sur son site. J’imagine bien les archivistes (les archivistes sont formidables, l’a-t-on assez dit?) écumant les greniers genevois poussiéreux avec leur hotte.

Trente-deux ans plus tard, la CRIEE est riche de 22’000 objets et documents d’archives privées. L’histoire de l’école genevoise est là, dans ces documents produits par ses acteurs directs, les élèves et enseignant.e.s des écoles enfantines, primaires et secondaires!

La base de données de la CRIEE est disponible en ligne et contient des milliers de descriptions de manuels scolaires, cahiers, photos de classe, courses d’écoles, carnets, exercices de coutures ou plumiers ainsi que des images numérisées.

A voir à la rue de l’Hôtel-de-Ville
L’âme, la cheville ouvrière et la tête pensante de la CRIEEE, c’est Chantal Renevey Fry, l’archiviste du département de l’instruction publique (DIP), avec l’assistance indispensable de sa collaboratrice Klara Tuszynski. Régulièrement, en plus d’expositions à la Maison Tavel, elle présente des archives dans les vitrines du siège du DIP à la rue de l’Hôtel-de-Ville.

Actuellement, et ce sont ses mots, elle nous invite à un voyage aux temps de l’Escalade et de Noël, et dans l’hiver de plusieurs enfances successives.

criee_1

Cette exposition, écrit-elle, « n’a pas d’autre ambition que de vous offrir un peu d’évasion et de souvenirs en cette période un peu compliquée et de vous permettre de vous évader quelques instants dans une nostalgie heureuse.

Et si vous n’aimez pas l’hiver (ou cet hiver en particulier…), n’oubliez pas :

« Il neigera, il neigera, puis un jour le printemps viendra.
Et sur les branches il neigera
des fleurs de pomme et du lilas »
Anne Sylvestre

Chantal nous offre pour terminer une jolie perle datée de 1959, pour toutes les familles qui ne pourront pas se réunir au complet en ce mois de décembre:

« Cher grand-papa et grand-maman;
Je suis un peu triste de ne pas fêter Noël avec vous »

criee_2

Enfance placée, enfance volée. Le travail de l’archiviste en Suisse

Par Anouk Dunant Gonzenbach

Du 3 au 5 avril 2019 a eu lieu le Forum des archivistes français à Saint-Etienne sous le thème: Archives et transparence, une ambition citoyenne (riche et passionnant, comme toujours). Dans le cadre de la session « Quels sont les besoins de la société civile en matière d’archives », Pierre Flückiger et moi-même avons exposé le sujet suivant: « Retracer le passé de victimes : la gestion de l’impact émotionnel sur les archivistes ».

Le résumé de ce texte est le suivant:
Jusqu’au début des années 1980 en Suisse, des mesures de coercition à des fins d’assistance et de placements extrafamiliaux ont été prises à l’encontre d’enfants et de jeunes. Ces enfants ont été très souvent maltraités dans les institutions ou familles d’accueil auxquelles ils avaient été confiés. Depuis quelques années, nous avons assisté à une prise de conscience de l’opinion publique, qui a amené le Parlement à adopter en 2017une loi prévoyant que les victimes de ces placements puissent bénéficier d’une contribution de solidarité. Cette loi donne pour mission aux archives publiques de reconstituer les parcours individuels de ces personnes afin de fournir les preuves des placements.
Les archivistes se retrouvent ainsi en contact avec des personnes qui cherchent à combler les trous dans leur passé et effectuent les recherches permettant d’étayer leur demande d’indemnités. Ils sont ainsi confrontés très régulièrement à des situations émotionnelles particulièrement difficiles, qui peuvent, parce qu’elles sont très fréquentes, déclencher des symptômes post-traumatiques.
Le métier d’archiviste ne forme pas à la gestion de ces situations particulières. Ce retour d’expérience montre comment développer des compétences qui aident à préserver la santé à court et moyen terme des archivistes confrontés à ces situations et comment à l’avenir notre profession peut et doit s’y préparer.

Ce texte a été publié dans le n. 255 de la Gazette des Archives.
A. Dunant Gonzenbach, P. Flückiger, « Retracer le passé de victimes : la gestion de l’impact émotionnel sur les archivistes », in Archives et transparence, une ambition citoyenne, La Gazette des Archives, n. 255, (2019-3), pp. 88-98.


Mon propre regard en prose libre:

Enfance volée

« Je m’appelle Lucie Henri je suis née le 3 mai 1951 je vous remercie de me faire parvenir mon dossier. » Message parmi les centaines de messages identiques adressés aux Archives du canton.

Elle cherche à combler les trous de son passé. Elle imagine que son passé est rangé sur une étagère par ordre alphabétique. Elle espère que les blancs qui désordonnent son enfance seront comblés par des feuilles de papier bien organisées. Un accès à l’enfant qu’elle a été, à des souvenirs qui manquent, à ces trous de son passé.

Son passé est celui d’un enfant placé. Il y en a beaucoup, mais chacun est particulier. Un passé souvent en partie effacé, un enfant abandonné, un enfant trimballé de famille d’accueil en foyer, un enfant effroyablement désemparé, un enfant qui ne comprend pas, qui a oublié.

Celle-ci a été déposé par sa mère comme une valise sur un au bout de la rue. Celui-ci a été sacrifié par la mère en faveur du beau-père qui pourtant le battait. Celle-ci a été arrachée à une mère qui ne proposait pas de père. Il y a celui qui avait des parents qui ne savaient pas faire. Celle qui avait trop de frères et sœurs. Celui qui était seul mais de trop. L’enfant veut toujours ses parents, la réciproque n’est pas vraie. Les histoires se ressemblent et sont uniques.

Alors, des draps déchirés tous les soirs dans le dortoir, des cordelettes qui frappent, des accueils qui baissent les bras, des assistantes sociales qui se démènent dans un monde encore fait de machines à écrire et de téléphones à fil, des foyers surchargés, une main-d’œuvre à laquelle on renonce car un saisonnier coûte moins cher, des failles dans le sytème, un système avec des personnes à responsabilités qui les fuient, d’autres qui les prennent, rien n’est jamais noir ni blanc, mais quand c’est noir, comme c’est noir, elle a deux  ans et demi et douze placements, le manque ne sera jamais comblé.

Une enfance volée, un avenir jamais réparé, il y a ceux pour qui si, il y a ceux pour qui non, mais pour tous, la voix tremble aujourd’hui en l’évoquant.

Son passé n’est pas dans un dossier numéroté sur un rayon identifié. Son passé, l’Etat a décidé de l’indemniser. Alors il faut le prouver. Une opportunité ainsi de se l’approprier. Mais son passé n’est pas dans un dossier numéroté sur un rayon identifié.

Ce qui reste, il faut le rassembler, une partie sur des étagères ici, une partie dans un foyer qui aurait par chance conservé des documents là-bas, une partie dans des archives scolaires, dans un registre de jugement de divorce, dans un carnet de santé, dans une décision de justice, une minutieuse enquête pour chacun en particulier. Rien n’est caché, une fois trouvé, tout est montré. Mais l’histoire se fait sur ce qui a été conservé. Alors pas pour tous, des traces sont trouvées.

Des traces officielles, des traces administratives, ce qui a été laissé dans les dossiers. C’est une version de l’histoire, un côté de l’affaire, les traces ne sont jamais objectives. Mais traces elles sont.

On lui a volé son enfance, des mots à l’encre sur une feuille ne vont pas la lui rendre. Mais comprendre, boucher des trous, lire le vide, c’est restituer un peu. Elle tremble, elle tourne les pages des dossiers, elle se raccroche à une ligne, elle pleure. Elle a fait la démarche, elle a franchi la porte, elle a pris sur elle, et maintenant elle lit. Ça confirme des éléments, ça valide des sensations, ça détruit des illusions, ça fait tout remonter. Beaucoup savent aussi qu’ils ne pourront le supporter, alors ils n’ont pas demandé.

Elle referme le dossier. Une enfance volée. Elle a soixante ans, c’est toujours resté béant.

Anouk Dunant Gonzenbach, mars 2018

Les documents du Service des tourniquets ou comment faire un e-learning sur les archives

Par Anouk Dunant Gonzenbach

Depuis de nombreuses années, les Archives d’Etat de Genève proposent un cours de deux jours, deux fois par année, aux collaborateurs de l’Etat qui s’y inscrivent (à raison d’une vingtaine de participants par session). L’objectif est de présenter cette institution et de sensibiliser les participants à l’importance de la gestion documentaire.

Au fil des années, numérique oblige, les cours se sont modifiés et étoffés. Alors comme tout ce qu’on fait depuis de nombreuses années, et que tradition n’est pas synonyme de fossilisation, on a décidé de revoir entièrement ce cours avec la méthode de la spirale (fixer le macro-objectif, les objectifs qui en découlent, les contenus nécessaires pour atteindre le tout, et décliner tout cela à travers les différentes interventions qui ont lieu sur ces deux jours).

A cette occasion, le Service de formation de l’administration nous a proposé de réaliser un e-learning sur les archives, qui fonctionnerait comme un préalable à la formation en présentiel.

Une offre très tentante, mais est-ce bien raisonnable en ces périodes de folie dans lesquelles notre temps est consacré à vérifier la qualité des SIP, des version des PDFa-1, des nommage des fichiers et des images numérisées en plus de tout ce que faisaient nos pères en archives depuis la nuit des temps ?

Et bien si, c’est raisonnable, puisque cela va contribuer à amener de l’eau à notre moulin, renforcer notre bâton de pèlerin (devenu sabre-laser depuis) et dépoussiérer notre chignon déjà destructuré, et de toutes façons, depuis quand les archivistes passionnés sont-ils raisonnables ?

La réalisation est confiée à une agence de digital learning, qui va conduire ce projet. Cela signifie pour nous –une super collègue à l’origine de la motivation sur cette affaire, deux archivistes de département et moi-même- de participer, accompagnées par deux personnes du Service de formation de formation, à quatre demi-journées de travail lors desquelles nous allons devoir expliquer notre métier et l’importance de la gestion documentaire à nos interlocuteurs. Cela peut paraître fastidieux vu comme ça, mais vous voyez l’aubaine, quatre demi-journées à parler de notre travail ? Sous la conduite douce mais accrochée à son cap de la directrice de l’agence, ni le nord ni les objectifs ne se perdent en route. Le public-cible de cet e-learning reste bien l’ensemble des collaborateurs de notre administration.

tourniquet_1

Comme scénario fictif, nous créons le service des tourniquets de l’Etat, lequel a été pourvu d’un plan de classement, d’un calendrier de conservation et d’une mission légale qui intéressera des dizaines de chercheurs du futur. Un peu de poésie ne fait jamais de mal.

tourniquet_3

Nos deux collègues du Service de formation et l’agence de digital learning se sont trouvés un peu désemparés: le cycle des documents et les archives ont commencé à les intéresser, à les intéresser même beaucoup, même que maintenant ils nous disent qu’ils ont la pression dès qu’ils créent un document (ça vous étonne ?).

Alors voilà  le résultat d’un projet passionnant, mené à bien en un temps record et qui répond à nos objectifs de départ. On va voir maintenant comment va se passer son cycle de vie.

tourniquet

 

Découvrir des archives en maillot de bain

Par Anouk Dunant Gonzenbach

Présenter des archives à un public en maillot de bain, ça, c’est fait ! Et pas n’importe lesquelles, les documents relatifs à la Réforme à Genève datant de 1536 ! Histoire d’une belle aventure, décidément, je l’aime, cette profession :

En 2017, l’Europe a fêté les 500 ans de la protestation de Martin Luther contre les indulgences (octobre 1517). Les Archives d’Etat de Genève ne pouvaient pas passer à côté de ces commémorations, même s’il ne s’est pas vraiment passé quelque chose dans notre cité avant le début des années 1530. Nous étions de plus en plein projet de numérisation et de restauration des archives de l’Eglise protestante de Genève. Deux bonnes raisons pour préparer une exposition sur le sujet. Nous avons réuni alors un collectif d’historiens et avons choisi ensemble d’illustrer non pas la vie de grands hommes (autrement dit de ne pas axer le tout sur Calvin) mais la vie des gens, et de montrer que l’agitation religieuse émane d’une mobilisation collective et pas de la volonté d’un réformateur.

En d’autres mots, montrer comment les Genevois ont été acteurs de la Réforme et l’ont vécue dans leur quotidien. D’où le titre : « Côté chaire, côté rue. La Réforme à Genève 1517-1617 » (vous l’aurez remarqué, on triche avec cette date de 1517, mais c’est plus clair pour s’inscrire dans le contexte 2017).

Cette exposition a abordé le sujet par différents thèmes : les enfants, les femmes, les chants, l’espace public, etc. et a montré comment les archives se font l’écho de l’activisme, des résistances ou de l’adaptation des acteurs, et soulignent les changements réels ou mythifiés de la Réforme. D’ailleurs, la Réforme a été proclamée avant l’arrivée de Calvin à Genève, par exemple.

Cette expo, accompagnée par un site sous forme de storymap (voir ici),  a eu un grand succès (en toute objectivité) et de nombreuses visites guidées ont eu lieu.

Vers la fin de cette année 2017, un ami pasteur (Jean-Michel Perret, qui vient de créer un ministère pionnier « sans le seuil » proposant en complément de l’offre traditionnelle de l’Eglise des événements décalés dans l’espace public), m’a fait une constatation certes polie mais en substance son message était le suivant : « elle est bien ton expo, mais si tu veux que les gens la voient il faut la mettre dans le rue et pas seulement dans la ville haute ». Voyant venir les nuits blanches de travail pour réaliser un tel projet, je l’ai envoyé sur les roses.

Pas pour longtemps, car son intuition une fois de plus était juste. Allons-y carrément, pourquoi ne pas « Rendre la Réforme aux Genevois » et le patrimoine qui leur appartient dans l’endroit fréquenté et populaire que sont les Bains des Pâquis ?

Les Bains des Pâquis  à Genève, c’est comme le jet d’eau et l’horloge fleurie, un lieu phare, sauf que ça vit. Et à l’entrée, il y a un mur sur lequel tourne une fois par mois une nouvelle exposition. Parfait. Ne reste plus qu’à trouver le budget, adapter l’expo de base et refaire les textes, un nouveau graphisme, convaincre la commission culturelle des Bains qu’il s’agit d’histoire et non de prosélytisme et trouver un sens juste à ce projet.

Pour le budget, nous remercions trois fondations privées genevoises. Pour l’adaptation de l’expo de base, les historiens ont été d’accord pour la réutilisation et la relecture des textes. La commission culturelle des Bains est géniale. Pour le sens, Jean Stern, artiste,  a choisi de « prendre les documents d’archives par la main ». Il a transporté fictivement les documents d’archives dans les espaces qu’ils convoquent pour que ces documents puissent trouver un pouvoir d’évocation et une présence dans notre aujourd’hui. Le titre de cette nouvelle exposition en découle : « Côté chaire, côté rue, côté sens. Rendre la Réforme aux Genevois».

ref_2

Alors voilà, une exposition qui rend la Réforme aux Genevois d’aujourd’hui, la met à portée de tous et casse plein de clichés (ben oui, les Genevois n’ont pas filé si droit que cela) dans un lieu décalé pour un tel sujet, ohmondieu, des registres d’église et des procès-verbaux du Conseil de 1536 sur les murs des Bains !

ref_titre

Pour le vernissage, une nouvelle intuition : nous avons contacté Xavier Michel, le chanteur du groupe Aliose, qui avait effectué son mémoire de licence en histoire sur le théâtre pendant la Réforme. Belle rencontre. Il nous a donné un coup de main pour les textes, et Aliose est venu donner un concert pendant la soirée de vernissage, en pleine bise mais dans une lumière sublime. Notre collectif d’historien a réussi à faire paraître pour cette même soirée l’ouvrage issu de l’exposition aux Archives «Côté chaire, côté rue. L’impact de la Réforme sur la vie quotidienne à Genève (1517-1617)», aux éditions La Baconnière.

IMG_1690

Nos 17 panneaux ont été exposés pendant un mois et nous avons proposé quatre visites guidées. Ainsi, j’ai eu le plaisir, la jubilation même, de parler archives et Réforme en plein air devant un public parfois en maillot de bain, et je n’en reviens jamais mais la magie opère à chaque coup.

RB180614-expo-6141475w

On peut transmettre notre passion pour les documents anciens partout (il faut dire qu’à Genève nous avons des sources exceptionnelles et exceptionnellement complètes car elles n’ont subi aucune destruction, mais je ne vais pas vous saouler ici pendant trois pages sur ces documents d’exception).

RB1806-expo-6141492w
Photo: Jean Stern

Même une fois, un orage a éclaté au milieu de la visite, alors on l’a continuée dans la cabane à fondue, sans support, sans photos, sans rien, et rien suffisait, et les Bains nous ont servi une fondue que nous avons mangée ensemble, personne ne se connaissait, mais on a parlé une bonne partie de la soirée.

Je suis archiviste et j’aime mon métier, je vous l’ai déjà dit ?

Un hackathon sans écran, c’est aussi ça, Open Geneva. Un temps pour se connecter, un temps pour se déconnecter. Spiritualité et gospel

par Anouk Dunant Gonzenbach

Les hackathons, j’étais enthousiaste, puis j’ai eu un moment de doute, puis une grande bouffée d’espérance, voir mes deux billets précédents. En tant qu’archiviste au chignon déstructuré, on ne peut pas passer à côté, et plus que cela, c’est même bien de ne pas rester coté mais de participer. A la réflexion, au partage de jeux de données, à l’échange d’expérience, sous quelque forme que ce soit. Et d’être en lien avec ce festival qui a lieu chaque année à Genève en avril, Open Geneva. Open Geneva ?

Open Geneva, je les cite, a pour but de promouvoir l’innovation ouverte dans un esprit de partage des connaissances pour le bien commun. Les domaines d’innovation ouverte particulièrement visés sont les arts, les sciences, les innovations technologiques et sociales, sur le territoire du bassin de vie lémanique.

Open Geneva été créé en 2015 par le Geneva Creativity Center pour promouvoir l’innovation ouverte afin d’améliorer la qualité de vie à Genève. Lors de la première édition, plusieurs équipes d’étudiants ont travaillé durant deux week-end sur des projets scientifiques et des innovations sociales et techniques liées à l’énergie, la santé, la mobilité. L’édition 2016 a élargi le profil de ses participants et s’est concentrée sur la santé, en collaboration étroite avec les  Hôpitaux Universitaires de Genève.

En 2017, Open Geneva est devenu un Festival de Hackathons et plus de 21 initiatives ont vu le jour, impliquant des écoles et centres de recherches, administrations et entreprises, structures publiques et privées. En 2018, ça a continué, plus de 30 hackathons ont eu lieu à Genève du 9 au 15 avril.

Cette année, les Archives d’Etat de Genève n’ont pas participé à un hackathon mais ont organisé quelques jours auparavant, dans le cadre du festival Histoire et Cité, le 23 mars 2018, une table ronde intitulée : « Le rêve numérique face aux sources archivistiques », lors de laquelle il nous a paru important d’aborder les questions suivantes : Comment mettre en œuvre les beaux principes d’accès aux documents que défendent les institutions d’archives? Quelles sont les ressources à disposition? Que faire avec la masse des images numérisées? Il s’agissait de questionner l’écart entre les perspectives offertes par le progrès numérique et la réalité matérielle des centres d’archives. Les intervenants suivants ont pris la parole, Jacques Berchtold (directeur de la Fondation Bodmer),  Pierre Flückiger (Archiviste d’Etat), François Grey (professeur à l’Université de Genève),  Lorenzo Tomasin (professeur à l’Université de Lausanne), sous la modération de Enrico Natale (directeur de Infoclio.ch) .

Mais là, il n’est pas que questions d’archives. De liens en discussions avec les organisateurs d’Open Geneva, de réunions préparatoires entre geeks, universitaires, professeurs, chercheurs et humanistes numériques en échanges passionnés fut une fois abordée un matin de cet hiver qui n’en finissait pas la constatation inéluctable du temps à disposition, de la numérisation de masse face à la période incompressible nécessaire à l’analyse des données, de la fuite en avant, de l’accélération de tout, de notre perplexité, de l’avenir, bref quasi du sens de la vie.

Nous nous sommes tous retrouvés autour de la table d’une salle de réunion en haut de la tour de la RTS en train de débattre de ce problème de société et quelqu’un a presque hurlé, en fait, il faut un hackathon yoga. Un stop. Un recentrage. Et pourquoi pas de la spiritualité là au milieu ? Nous avons tous pris cela très au sérieux. Nous nous sommes arrêtés. Oui, que de sens à proposer un tel atelier.

En face de l’Université, il y a un temple. Au sein de l’Université, des aumôniers. Alors,

Et si on mettait de la spiritualité dans le numérique ? Un temps pour se connecter, et un temps pour se déconnecter. Le chant gospel comme reconnexion avec soi-même et les autres.

Et ça a lieu. Un atelier sans écran, la connexion avec soi-même et les autres.

FullSizeRender

Deux heures de chant entre plusieurs hackathons, des tas de notes notes parmi des tonnes de bits, laisser courir les doigts sur le piano, suivre la partition et laisser le clavier, transdisciplinarité à plusieurs voix, let it shine.

IMG_1447

Ce moment a toute sa place ici. Un grand sens.

Et de nouvelles connexions. Je continue à croire aux hackahtons, sous toutes les formes que ce soit, parce que c’est ouvert. Comme les données. Comme les gens.

IMG_1464

Restitution des posters lors du hackshow du dimanche au nouveau campus HEAD

Open Geneva hackathon et données culturelles

par Anouk Dunant Gonzenbach

Les hackathons, je n’y croyais plus trop, sentiment sans doute inversement proportionnel aux nombres de mes cheveux blancs. Ce blog alliant billets sur des données techniques, cris du cœur et comptes-rendus, mélangeons ici un peu le tout.

Je n’y croyais plus trop en pédalant à la montée sous la pluie direction l’entrée Pregny de l’ONU, transpirant d’autant plus qu’à la vérification d’identité mon enregistrement n’avait pas été reçu, tout cela pour aller présenter les choix de métadonnées et conditions d’accès retenus par les Archives d’Etat de Genève pour la mise en ligne de leurs images numérisées, lors de la première partie du Hackathon open libraries à la bibliothèque de l’ONU (qui lui-même est un pre-event du 3rd Swiss Open Cultural Data Hackathon  qui aura lieu à Lausanne en septembre prochain). Ok compliqué, moi non plus, je n’avais pas tout bien compris en arrivant.

IMG_8586

Une fois dedans et comme toujours, l’effet ONU est garanti, on se croit mileu des années 30 droit dans Belle du seigneur, le magistral roman d’Albert Cohen. Les hackathons, je n’y croyais toujours plus trop, mais franchement c’est toujours un immense plaisir de revoir les collègues, amis et connaissances. Une première partie d’exposés ponctuée par l’intervention de Rufus Pollock, le fondateur de l’open knowledge foundation, et ses « Wonderful » (même s’il me semble qu’il prêche des déjà-convaincus et qu’il n’y a rien de trop neuf mais bon).

Après la pause, présentation des idées liées aux jeux de données. Martin Grandjean (chercheur, historien, digital humanist et spécialiste des archives de la Société des Nations) propose le développement d’une application qui permettrait aux internautes de taguer les visages sur la collection de photos de la SDN, hébergée aujourd’hui sur un site obsolète. 4 jeunes étudiants d’Epitech, école de l’innovation et de l’expertise informatique à Lyon  se joignent à ce projet.

Et là, sans projet préconçu, une équipe idéale est constituée : un chercheur spécialiste et hyperfamilier du fonds de photos, les archivistes de l’ONU et ces 4 développeurs. Tout le monde se comprend au quart de tour.

IMG_8584

Je n’y croyais plus trop, à ces hackathons, mais là il se passe un truc. Un échange immédiat, sur la même longueur d’ondes, chacun avec sa spécialité. Quasi-transgénérationnel, en plus. Ça phosphore en live et ça se lit sur les visages. Juste pour la beauté de la chose. Un pur moment d’espérance, c’est ma lecture de l’instant.

poster CFRPAA

J’avoue que je ne suis pas présente les deux jours suivants, un samedi et un dimanche lors desquels 20 hackathons parallèles se déroulent en plusieurs lieux à Genève lors de ce Open geneva hackathon (sur les thèmes de la santé, des smart city, du social, etc.). Mais je vibre lorsque je lis que notre projet est sélectionné pour représenter le Geneva Open Libraries lors de la cérémonie de clôture qui rassemble ces fameux 20 hackatons parallèles, par un pitch de 3 minutes pour la préparation duquel on bénéficie d’un coaching professionnel.

2017_0514_16102000

Trop bien. Et pour citer l’un des étudiants de l’Epitech, Adrien Bayles, »il n’y avait pas de jury pour départager les dernières équipes en lice, mais nous considérons tout de même que nous avons gagné, ne serait-ce que pour les contacts que nous avons noués et ajoutés à notre carnet d’adresse ».

Des étudiants remarquables et épatants, qui en plus veulent continuer le projet car ils ont été touchés par la passion des archivistes et chercheurs.

Je n’y croyais plus trop à ces hackathons? Quelle grave erreur! J’y crois pour tout, pour la technique, pour le développement, pour les échanges, pour la confiance, pour les contacts, pour les liens, pour l’avenir.

L’équipe

Martin Grandjean, Université de Lausanne, @GrandjeanMartin
Blandine Blukacz-Louisfert, Archives ONU
Colin Wells, Archives ONU
Maria Jose Lloret, Archives ONU
Adam Krim, Epitech Lyon
Louis Schneider, Epitech Lyon
Adrien Bayles, Epitech Lyon, @Ad_Bayles
Paul Varé, Epitech Lyon
Anouk Dunant Gonzenbach, Archives d’Etat de Genève, @noukdunant